Le silence d’Ensisheim

Vendredi 20 janvier 2006

Le silence d’Ensisheim

Il y a des silences qui étonnent, des silences qui frappent, des silences qui glacent, des silences qui révèlent plus que les paroles. Le scandaleux incendie de caravanes à Ensisheim en est un flagrant exemple.

Silence radio général. Pas de reportage à la télévision. Pas d’article de presse. Pas ou très peu en tous les cas. Et surtout, pas d’écho dans la blogosphère, cette blogosphère qui se dit éprise de liberté d’expression et de démocratie. La blogosphère, centrée autour de sa soudaine surmédiatisation, regarde son nombril, elle en a oubliée d’observer le monde et d’exercer son sens critique. Dommage.

 

Reprenons donc. Le 11 janvier, le maire UMP de la ville alsacienne d’Ensisheim, Michel Habig, envoie des forces de l’ordre sur un terrain municipal squatté depuis quelques jours par quelques caravanes appartenant à des roumains et des croates. Personne sur les lieux. Devant ce « véritable bidonville », le maire décide, plutôt que d’organiser une évacuation « trop coûteuse pour la collectivité », d’employer les grands moyens. A la tête de ce bataillon de gendarmes, il incendie les caravanes à l’aide d’un bidon d’essence.

Le MRAP, Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples, est, pour l’instant, le seul à réagir. Le 18 janvier, l’organisation porte plainte. Le parquet de Colmar ouvre une enquête et transmet le dossier au parquet de Strasbourg. Le maire, les gendarmes et les neufs agents municipaux présents sur les lieux sont tous menacés par 10 ans de prison et 150 millions d’euros d’amende pour destruction de biens par le feu.

Le maire a pourtant persisté et signé. Il assume ces faits, sans se rendre compte de leur gravité et de leurs implications. Lorsque les roumains sont venus lui demander s’ils pouvaient se réinstaller dès le lendemain sur le terrain, le maire a refuser, prétextant, comme s’il y avait une «race » spécifique qui était réduite à vivre sur les terrains municipaux, qu’ils n’étaient pas « des gens du voyage ».

Un homme a brûlé l’habitation d’autres hommes, en toute impunité et personne ne

réagit. Quel est le seul tort de ces roumains ? Ne pas être français, ne pas avoir de

papiers français ? Effectivement, la France est bien rongée par le racisme. Et

personne ne s’indignera, même si ce pyromane inconscient est un élu du peuple

censé faire régner liberté, égalité et fraternité. C’est un silence de trop.

http://regardsur.over-blog.com/

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4 thoughts on “Le silence d’Ensisheim

  1. pyromane inconscient ? le qualificatif est faible, il est carrément conscient et c’est un geste politique qu’il peut assumer vu l’impunité

  2. Ce qui soulève le plus de questions, à mon sens, c’est la collusion entre les forces de l’ordre et la « société civile », main dans la main dans ces abominables exactions. A Sivens, les gendarmes censés protéger les citoyens sont restés passifs, voire complices, face à des milices quasi autorisés à détruire des biens et agresser des personnes. Cette dérive autoritariste, digne des régimes dictatoriaux, doit être reconnue et dénoncée vigoureusement. Plus grave encore, la « justice » se fait complice de ce recul manifeste de la démocratie en protégeant les gendarmes et tout cela, sous le régime politique d’un soit disant socialisme…

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