Après-Charlie : plaidoyer pour tordre le bâton dans l’autre sens

Posté par Henri Goldman sur son blog, republié sur le mien avec sa permission

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Les Cahiers de l’éducation permanente sont édités par Présence et action culturelle, le mouvement d’éducation permanente de la mouvance socialiste. Pour sa dernière livraison, intitulée « Les malaises de l’après-Charlie », ils avaient sollicités une brochette d’auteur-e-s à partir d’un texte dont une partie a été reprise sur la 4e de couverture.

 

Ce texte commençait ainsi : « Dans le courant du mois de juin, nous avons décidé de consacrer un numéro sur le thème : Réflexions autour des attentats meurtriers contre la liberté d’expression, les replis identitaires, la question des minorités, la barbarie moderne, du basculement socio-économique au basculement culturel. Dans ce contexte de paix, pourquoi s’attaquer à des individus en raison de leurs opinions, de leur confession religieuse présumée ou de l’uniforme qu’ils portent ? Nous assistons souvent impuissants à une sorte de théâtre de conflits lointains, qui nous amènent jusqu’en Syrie, Afghanistan, Yémen, Pakistan. Nous assistons à une vague d’intensification de bombardements à distance, au nom de la sécurité, au prix de sacrifier certaines libertés publiques.

Il convient d’en rechercher des causes et d’en étudier les justifications. Il faut analyser le passage du pourquoi au comment. Par quels mécanismes parviennent-ils à endoctriner leurs cibles ? Quelle stratégie mettre en œuvre pour endiguer les marées montantes du fanatisme et du dogmatisme ? Nous assistons à une sorte de métamorphose de l’identité. En quelques décennies, la définition de soi se déplace d’une essence sociale à une essence culturelle. Au rapport économique et social succède la différence identitaire culturelle en termes de genre, d’origine ethno-raciale, de préférence sexuelle, de religion ou d’appartenance régionale. […] »

 

Cette introduction m’a rendu perplexe. Cette perplexité s’est traduite dans ma contribution, que voici.

 

PLAIDOYER POUR TORDRE LE BÂTON DANS L’AUTRE SENS

 

Quelle ambition ! Brasser, dans un même texte, des réflexions sur « les attentats meurtriers contre la liberté d’expression », « les replis identitaires », « la barbarie moderne », voire « les marées montantes du fanatisme et du dogmatisme » et étendre le propos dans l’espace en évoquant des « conflits lointains, qui nous amènent jusqu’en Syrie, Afghanistan, Yémen, Pakistan »… En effet, on est prévenu : « ce sujet est à la fois complexe, vaste et délicat ».

Complexe ? Pas tant que ça, pourtant. Car il y a un fil qui relie les situations évoquées et leur donne un sens. Le texte de l’appel à contribution le suggère au détour de quelques phrases : c’est l’islam.

Bien sûr, on n’allait pas titrer ce dossier : « Notre problème avec l’islam ». Car on est ici entre progressistes. Les démagogues d’extrême droite ou néoconservateurs n’auraient pas eu ce scrupule. Ils assument. Pour ceux-là, aucun doute, à tout le moins depuis le 11-Septembre : le monde est le théâtre d’une guerre des civilisations où le camp du Bien (l’Occident judéo-chrétien) est attaqué par le camp du Mal, à l’extérieur (les lieux cités : Syrie, Afghanistan…) et à l’intérieur (« attentats meurtriers », « replis identitaires »…). Pourquoi ai-je si souvent l’impression que tout un pan de la gauche partage cette lecture du monde si chère à Georges W. Bush ? Même si cette gauche affirme par ailleurs son antiracisme et sa compassion pour les damnés de la terre. Même si elle use et abuse de périphrases en tournant autour du pot, n’osant pas s’avouer cette troublante convergence d’analyse.

Ce sentiment m’a à nouveau gagné en lisant l’appel à contribution pour ce numéro des Cahiers de l’éducation permanente. J’avoue que j’ai hésité à y donner suite, tant il fourmille de propos formatés. La seule manière pour moi d’y répondre malgré tout, c’est justement d’interroger certaines de ses formulations qui ne sont pas aussi innocentes qu’elles se voudraient sans doute.

 

Barbarie moderne

 

La barbarie moderne, donc. Vise-t-on les attentats islamistes qui introduisent sur le sol européen une violence aveugle dont nous nous croyions protégés ? On suggère alors que Mohamed Merah, Mehdi Nemmouche, les frères Kouachi, Ahmed Coulibaly seraient les instruments de la guerre planétaire que nous livre l’islamisme. Et Anders Breivik et ses 77 morts (2011), il était l’instrument de quoi ? Et Hendrik Vyt, massacrant la famille Isnasni, sa voisine, à la carabine et mettant le feu à son habitation, à Schaerbeek (2002) ? Et Hans Van Themsche ratonnant au fusil dans les rues d’Anvers (2006) ? Et Kim Van Gelder, portant la mort aveugle dans une crèche près de Beveren (2009) ? Les premiers seraient des militants, les seconds des détraqués ?

À moins que « la barbarie moderne » ne désigne plutôt les décapitations cathodiques accomplies par « Daesh », les enlèvements et les viols commis par Boko Haram, la démolition du patrimoine artistique par les talibans en Afghanistan et par l’Aqmi[1] au Mali, les violences des « chebabs » en Somalie, actions effectivement « barbares » que relie l’usage d’une rhétorique islamique. Pourtant, cette litanie convenue ne couvre qu’une petite partie de la barbarie contemporaine. Elle n’englobe pas l’utilisation massive du viol comme arme de guerre à l’est du Congo évangéliste, ni les pogroms qui visent la minorité musulmane des Rohingyas dans la Birmanie bouddhiste, ni les exactions croisées dans l’Est ukrainien catholique et orthodoxe, ni les 3000 condamnés à mort exécutés dans la Chine officiellement athée pendant la seule année 2014. Elle ignore surtout la « barbarie civilisée » pratiquée par les figures de proue de « notre camp » : les États-Unis à Guantanamo et en Irak, Israël à Gaza, avec un bilan chiffré de victimes qui squatte le haut des hits parade. Et elle passe au bleu les milliers de migrants morts par noyade qui viennent se fracasser contre les murs de la forteresse Europe protégée par la technologie ultramoderne de Frontex, tandis que la faim dans le monde tue chaque jour huit fois plus que les attaques contre le World Trade Center.

Oui, la barbarie est omniprésente dans le monde d’aujourd’hui. Mais c’est le produit d’une singulière myopie que de l’imputer exclusivement au nouveau Satan de l’islamisme. L’Histoire semble se répéter. Dans les années 1950, celles de la « Guerre froide », Satan était communiste. Il était présent à l’extérieur, avec l’État-voyou soviétique et ses nouveaux satellites, et à l’intérieur, par le truchement d’une « cinquième colonne » composée de tous ceux qui osaient contester même très modérément le capitalisme alors triomphant. Cette lecture d’un monde en blanc et noir polarisé entre le camp du Bien (le « Monde libre ») et celui du Mal avait notamment le grand avantage de dissimuler le fait qu’au même moment, la violence coloniale se déployait sans retenue partout en Afrique et en Asie du Sud-Est. Aujourd’hui, l’arbre de l’islamisme nous cache à nouveau la forêt de la domination impériale mondialisée qui cherche à étouffer toute résistance populaire et fait émerger, ici et là, des monstres en guise de répliques grimaçantes[2].

 

Replis identitaires

 

Replis identitaires : je n’ai jamais compris cette imputation qui tourne en boucle. Qui se replie, d’abord ? Les Américains à Waterloo ? Les eurocrates à Wezembeek-Oppem ? Vous n’y êtes pas. Ceux auxquels on pense toujours, ce sont les Turcs dans le haut de Saint-Josse et les Marocains dans le bas de Molenbeek. Le repli identitaire qui nous turlupine, c’est uniquement celui des musulmans.

Pourtant, ce repli, c’est notre œuvre. « Nous » qui, comme propriétaires, pratiquons massivement les discriminations au logement et, comme employeurs, les discriminations à l’embauche. « Nous » qui, au nom d’un « communautarisme majoritaire », ne tolérons pas que la diversité culturelle de notre population s’inscrive dans le paysage de nos villes et qui faisons une fixette sur les signes visibles de la religion musulmane, si pacifiques soient-ils. « Nous » qui pratiquons un racisme inconscient « soft », assignant les personnes issues de l’immigration à des positions sociales subalternes : elles sont à leur place comme éboueurs et infirmières, mais nous n’en voulons pas dans nos quartiers qu’elles déclasseraient ni dans les écoles de nos enfants où leur progéniture tirerait le niveau vers le bas.

Horreur : ce repli serait « identitaire ». L’identité catho-laïque de la majorité n’est pas un problème puisque c’est la norme. Tandis que mobiliser d’autres ressources culturelles que celles qui remontent en droite ligne à la Muette de Portici, ça ne se fait pas. Sans doute, ce besoin de rester relié à son propre héritage n’aurait pas été si fort si les enfants de l’immigration, nés ici, scolarisés ici, partageant notre langue maternelle, ne s’étaient pas cognés au plafond de verre des discriminations structurelles. Ces enfants nous lancent le message suivant : oui, nous ferons partie de cette société, nous le voulons, nous n’avons pas de plan B. Mais nous y entrerons debout et vous nous accepterez avec nos bagages. « Lorsqu’on sent sa langue méprisée, sa religion bafouée, sa culture dévalorisée, on réagit en affichant avec ostentation les signes de sa différence […]. Pour aller résolument vers l’autre, il faut avoir les bras ouverts et la tête haute, et l’on ne peut avoir les bras ouverts que si l’on a la tête haute. » (Amin Maalouf, Les identités meurtrières, 1998)[3].

 

À côté de la plaque

 

Ce bref commentaire est-il caricatural ? C’est possible. Mais je tenais à tordre le bâton des idées reçues dans l’autre sens et à prendre mes distances avec cette partie de la gauche qui s’est ralliée à la lecture du monde binaire promue par la droite, comme ce fut également le cas à l’époque de la Guerre froide où une partie de la gauche cautionna la « politique des blocs ». Car des voix se revendiquant de la gauche n’ont pas manqué à la fabrication du « problème musulman » qui a fini par donner corps à cet ennemi si commode que certains esprits perdus rêvent du coup de le rejoindre pour donner un exutoire et un sens à leur mal-être. Le Frankenstein auquel nous faisons face est notre œuvre et nous lui avons donné rendez-vous sur des champs de bataille imaginaires[4] pour camoufler nos renoncements sur les terrains de la justice sociale et de l’égalité en droit et en dignité. Notre parano obsessionnelle qui s’étale à la une des newsmagazines nous conduira exactement là où nous feignons de le redouter : vers une société du développement séparé tournant le dos à la cohésion sociale et à l’objectif – le seul qui vaille la peine en matière de « vivre ensemble » – d’une « société inclusive » permettant à chacun-e de participer à égalité à la co-construction d’un large cadre partagé dans le respect de la diversité culturelle sur laquelle, au XXIe siècle, on ne reviendra plus.

De la géopolitique mondiale aux écoles de Molenbeek (Bruxelles) ou d’Hodimont (Verviers), il n’y a qu’un pas. Dans un monde densément interconnecté, inutile d’importer les conflits, ceux-ci s’importent tout seuls. L’islamisme des garages, les roulements de mécaniques des petits caïds de quartier ne sont que le pathétique revers des dénis de justice que nous tolérons, en Irak ou en Palestine. Si nous ne comprenons pas ce qui relie le local et le global et n’agissons pas en conséquence, nous aurons beau manier avec toute l’intelligence du monde la carotte et le bâton, les cours de citoyenneté et les rappels à l’ordre, nous resterons à côté de la plaque.

 

[1] Al Qaida au Maghreb islamique

[2] Qui peuvent aussi être des alliés stratégiques et des clients privilégiés, comme l’Arabie saoudite, principal bailleur de fonds de « Daesh », à qui la France socialiste a fait des mamours pour lui vendre ses avions de combat.

[3] À lire absolument : l’étude réalisée par l’équipe de Ilke Adam (VUB) et de Corinne Torrekens (DiverCity, ULB) pour la Fondation Roi Baudouin : Belgo-Marocains, Belgo-Turcs : (auto)portait de nos concitoyens, qui casse tous les stéréotypes autour du « repli identitaire ». Téléchargeable sur le site de la Fondation.

[4] Comme la défense d’une laïcité que personne ne menace sérieusement ou d’une conception de l’égalité hommes-femmes qui ne fait que renforcer la marginalisation d’un groupe de femmes particulièrement vulnérables.

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13 thoughts on “Après-Charlie : plaidoyer pour tordre le bâton dans l’autre sens

  1. Bel article, ou plutôt belle variante sur un thème. Le mérite de l’auteur est d’avoir bien mis en scène (si je peux dire) un canevas qui n’est pas du tout nouveau, dont une figure de proue est Le Monde diplomatique avec Alain Gresh, par exemple, mais qu’il faut sans cesse répéter, marteler, comme dans toute situation de conflit politique. Le monde à l’époque d’Internet et de la diffusion démultipliée rappelle un peu le Moyen Âge et des périodes antérieures, orales, où, pour des raisons autres, on construisait souvent un texte sur canevas.

    Quoi qu’il en soit, ce qui m’embête un peu, c’est que “eux”, ceux que critique cet article, ont les micros, les journaux, les soucis électoraux aussi, qui ne les poussent pas vers l’honnêteté intellectuelle, et souvent de gros moyens financiers – tandis que “nous” avons… notre bonne volonté, quelques rassemblements, les réseaux sociaux, bref, une vie de papier, assez peu de moyens.

  2. Un « champ de bataille imaginaire », la défense de la laïcité, vraiment ?
    – Le rapport de l’IGEN de 2004 sur la pression croissante du/des religieux sur l’école publique, c’est donc l’invention d’un faux problème par des racistes/xénophobes ?
    – Le livret laïcité que le MEN vient de d’émettre enjoignant aux enseignant d’ « éviter la confrontation ou la comparaison du discours religieux et du savoir scientifique », précisant entre autres que « Dans les disciplines scientifiques (SVT, physique-chimie, etc.), il est essentiel de refuser d’établir une supériorité de l’un sur l’autre », pas de problème ?
    – La suppression du thème « Reproduction humaine et éducation à la sexualité » du programme d’enseignement de l’école primaire, ça n’a rien à voir avec la pression des religieux de tous bords et ça n’est pas un problème non plus ?
    – Un tribunal administratif qui vient d’autoriser l’installation d’une crèche de Noël dans une mairie au motif que c’est une décoration traditionnelle, pas de problème ?
    – L’augmentation de la censure, notamment dans des institutions publiques, d’artistes de culture musulmane au motif que leurs œuvres pourraient être prises comme des « provocations » par des musulmans tatillons, pas de problème ?
    – L’AGRIF qui surfe sur la reconnaissance en vogue de l’amalgame « blasphème envers la figure de Muhammad = islamophophobie = racisme » pour mettre en avant l’amalgame « blasphème envers la figure de Jésus = christianophobie = racisme », et réussit ainsi à faire prendre en compte par la justice française sa plainte contre une maison d’édition et un théâtre coupables de blasphème, pas de problème non plus ?

    1. Remarque liminaire, pour lecteurs inattentifs : ce texte est écrit de Belgique par un auteur belge. Même si nous parlons la même langue (en tout cas pour 40% des Belges), nos sociétés sont assez différentes : la France d’aujourd’hui a une conception « dure » de la laïcité qui sidère tout le reste de l’Europe beaucoup plus libérale dans son respect des choix individuels. Par exemple, aucun autre Etat européen n’a souhaité se doter d’une loi qui, à l’instar de celle du 15 mars 2004, interdit les signes religieux dans le lycées et collèges. De même qu’aucun autre Etat européen ne renâcle devant l’usage du terme « islamophobie », adopté par toutes les instances européennes de lutte contre le racisme (ainsi que, depuis 2014, par la Commission nationale consultative des droits de l’Homme : http://www.cncdh.fr/fr/publications/rapport-racisme-antisemitisme-et-xenophobie-2013-banalisation-de-la-parole-raciste-et).

      Ça doit être parce que je vis hors de France que je suis complètement sidéré par cette énumération de bricoles montées en épingle. Je ne suis pas en situation de la discuter point par point mais il me semble qu’on pourrait établir une contre-liste beaucoup plus longue des multiples vexations et humiliations dont sont victimes les musulmans et surtout les musulmanes comme si la laïcité française était menacée par la longueur des jupes ou l’existence de menus alternatifs dans les cantines scolaires. Mais juste ceci : en Belgique, il y a des sapins et des crèches partout à Noël (car, oui, c’est une décoration traditionnelle), de la même façon que le 6 décembre, c’est Saint-Nicolas qui donne des jouets aux enfants, et personne ne s’en offusque, notamment pas en Wallonie où pourtant la grande majorité de la population n’a plus aucune pratique religieuse. Tandis qu’à Bruxelles, dans de nombreuses communes qui comptent une importante communauté musulmane, les autorités locales organisent des ruptures de jeûne publiques à la fin du Ramadan, où musulman-e-s et non-musulman-e-s se mélangent avec bonheur dans le partage de traditions pacifiques. Ce qui n’empêche pas une partie de notre opinion publique d’être gagnée par la parano anti-musulman qui, en partie, nous vient aussi de France.

      Pour mieux comprendre cette singularité française : mon essai « Le rejet français de l’islam », PUF, 2012 (http://www.puf.com/Autres_Collections:Le_rejet_français_de_l'islam).

    2. Non. Pas de problème.

      Vu de l’autre côté de l’Atlantique et d’un pays où il y a 100 000 morts et 30 000 disparus, où environ 10 % de la population parlent des langues autochtones en plus de l’espagnol, s’habillent à leur manière, appliquent le droit coutumier et sont profondément religieux, ce qui n’empêche pas l’État d’être laïque sur le modèle français, très franchement, je ne vois pas où est le problème.

      La France devient grotesque avec sa confusion permanente entre athéisme et laïcité.

      Je n’ai aucun souvenir pour ma part d’avoir appris quoi que ce soit sur la reproduction humaine et la sexualité à l’école primaire, soit dit en passant, dans la belle école laïque de la Rrrrrrépublique dans les pourtant bien folles années 1970.

      Excellent texte et merci à l’auteur de remettre un peu les choses en perspective, car en effet, on a une gauche raciste et classiste. À votre texte, j’ajouterai aussi le traitement que la gauche française inflige aux présidents latino-américains : détournement de l’avion de Morales, moqueries de Fabius récemment (regardez le dernier numéro du « Supplément »sur Canal +, qui est encore en ligne, honteux), le mépris affiché vis-à-vis de Rafael Correa, etc.

  3. Je n’adhère pas forcément à tout ce qui est dit, mais je pense qu’il est très important de faire entendre des voix un tant soit peu hétérodoxes relativement aux « événements de janvier » et surtout au traitement médiatique et à la prise en charge politicienne auxquels ces événements ont donné lieu. Dans cette perspective, nous venons de publier un ouvrage collectif dont certains textes rejoignent les analyses ci-dessus : http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=48550

  4. à Odile (commentaire N° 2)

    Vous ne me convaincrez jamais que les croyants sont mes ennemis parce que je suis athée. Mais qu’importe !

    Par contre votre commentaire marque clairement que nous ne sommes pas de la même classe sociale. Vos préoccupations ne sont pas celles de ma classe.

    J’aimerai juste vous présenter des chiffres. Votre grand mistigri, cet AGRIF qui vous fait si peur, compte combien d’adhérents ? Quelques dizaines ? Deux ou trois cents ?

    Par contre le chômage, c’est six millions et demi de personnes. La survie en dessous du seuil de pauvreté, c’est dix millions de personnes. La Saint Bidon concerne onze millions et demi de personnes et vous ne connaissez même pas l’existence de la Saint Bidon.

    Ne vous étonnez pas que les urnes soient désertées. Ou puantes.

    http://partageux.blogspot.fr/2015/10/connais-tu-la-saint-bidon.html

  5. @Henri Goldman : le fait que vous viviez hors de France vous permet sans nul doute d’avoir un regard plus distancié que le mien. En même temps, des tunisien-ne-s et des algérien-n-es notamment, qui ne vivent pas non plus en France, voient quant à eux très bien le problème et reprochent à la gauche française de fermer les yeux et d’être lâche. Mais peu importe. Du fait que je suis très attentive à ce qui se passe sur le terrain de l’éducation, et en particulier aux mille et unes façon dont certaines idéologies religieuses conservatrices (essentiellement catholiques et musulmanes, chacune à sa façon) grignotent du terrain depuis un certain nombre d’années, avec une nette accentuation sous Sarkozy, il est possible que je perçoive ces problèmes comme plus graves qu’ils ne le sont. Pourquoi pas ? Je veux bien – et j’aimerais bien – le croire. Mais vous ne pouvez pas parler de « bricoles montées en épingle » (Par qui ? A quelles fins ? Et pourquoi je monterais en épingle ces bricoles à votre avis ?). Le rapport de l’IGEN de 2004, par exemple, ne peut être ainsi balayé d’un revers de la main. Il ne parle pas de longueur des jupes et de menus alternatifs (et moi non plus). On devrait pouvoir discuter de l’opportunité d’avoir fait cette loi de 2004 posément, discuter des réponses les moins mauvaises à apporter à un problème, sans d’une part nier l’existence même du problème, ni d’autre part accuser plus ou moins implicitement toute personne disant que le problème existe de visées politiques, de racisme ou autre. De même, il devrait être possible de discuter de la pertinence de l’emploi du terme « islamophobie » sans être taxé de je ne sais quoi. Je préfère pour ma part le terme « antimusulmanisme », et les arguments donnés par Abdellali Hajjat et Marwan Mohammed dans leur livre contre l’emploi de ce terme ne me convainquent pas : oui, il y a bien un antimusulmanisme ambiant qui est pour moi une forme de xénophobie, il y a par ailleurs un racisme anti-arabes qui est une autre chose même s’il existe des liens forts entre les deux, et il y a enfin divers types de discours critiques de l’islam ou de certaines de ses branches, tenus y compris par certains musulmans eux-mêmes, qu’il me semble impossible de regrouper sous une quelconque étiquette (et ils ont raison de dire que parler d' »anti-islamisme » pour qualifier ceux de ces discours qui remettent en cause l’islam dans son ensemble ne ferait qu’ajouter de la confusion). Enfin, je vous remercie d’avoir répondu mais je voudrais souligner que si j’ai mis ce commentaire sur le blog de Christine Delphy et non sur le vôtre, c’est parce que c’est elle que je souhaitais interpeller.

    @Avril : Vu de l’autre côté de l’Atlantique certaines personnes voient le problème – je pense notamment à des femmes de culture musulmane d’origine maghrébine qui commencent à dénoncer la politique des accommodements raisonnables et ses dérives au Canada, mais vous me direz sans doute que vu de l’autre côté du continent américain, vous ne voyez pas le problème non plus. Par ailleurs, je ne vois pas où est la confusion entre athéisme et laïcité dans ce que j’ai écrit. Enfin, mon fils était en CM2 il y a deux ans et je peux vous dire qu’il a appris plein de choses fort utiles. Vous pouvez penser que l’éducation sexuelle n’a pas sa place à l’école ou ne sert à rien – ça n’est pas mon avis et je pense que c’est une question très importante, mais je ne tenterai pas ici de vous convaincre ; si je citais ce point, c’était à titre d’exemple des mille et uns « grignotages » dont je parle ci-dessus, d’autant plus inquiétants qu’ils se poursuivent sous un gouvernement « de gauche ».

    @Partageux : les croyants ne sont pas mes ennemis (j’en ai même donné des preuves publiques, mais peu importe), et je ne cherche pas à convaincre que les croyants sont les ennemis des athées. Votre première remarque est sans aucun rapport avec ce que j’ai écrit. Ensuite, l’AGRIF n’est pas mon « grand mistigri » et quand bien même il n’aurait qu’un unique adhérent ça ne remettrait pas en question le point que je soulevais, qui concerne une évolution de la rhétorique et un risque juridique, et non l’AGRIF dont je n’ai rien à cirer. Enfin, avec votre raisonnement sur le mode « le chômage c’est plus important », on pourrait aussi bien dire « arrêtez de nous embêter avec les droits des femmes, le chômage c’est plus important », et encore mieux « arrêtez de nous embêter avec l’islamophobie, le chômage c’est plus important », en arguant que le vrai problème est économique et que si tout le monde avait du boulot les tensions racistes et xénophobes disparaîtraient. Votre « argument » est d’autant plus déplacé que je n’étais pas en train d’arguer que le « vrai » problème, ou le problème « principal », c’est les attaques à la laïcité. La question que je posais était seulement : peut-on vraiment dire que ce problème n’existe pas, que c’est un champ de bataille imaginaire ?

    1. @Odile : je persiste et signe : je n’ai jamais eu de cours d’éducation sexuelle ni de description de l’anatomie des hommes et des femmes à l’école PRIMAIRE dans les années 70, et je doute fort que l’AGRIF y soit pour quoi que ce soit. Il me semble que cette éducation peut parfaitement attendre la 6ème, et, de toutes façons, il y a Youporn.(je plaisante)

      Je me fiche pas mal de la remise en question des « accomodements » par un pays qui vient ENFIN de reconnaître le génocide « culturel » (warf, warf) de ses peuples autochtones. Renseignez-vous par exemple sur le taux d’incarcération des Amérindiens au Canada, c’est édifiant. Qu’Harper s’en soit pris durant la dernière campagne aux musulmans n’a donc rien de surprenant, mais, pas de bol, il a été battu.

      Ailleurs en Amérique latine, ces mêmes peuples autochtones retrouvent enfin leurs droits sociaux, économiques et culturels, soit, notamment, le droit d’avoir des profs parlant les langues indigènes, de juger les infractions commises dans leurs communautés selon le droit coutumier, ce qui vous ferait probablement hurler au retour au Moyen-Âge, à la Charia, etc.

      Comme le dit Partageux, on déduit très facilement de vos « soucis » à quel point vous n’en avez guère.

      Pour info, contrairement au Canada et aux USA, le Mexique est un pays laïque sur le modèle français. Néanmoins, je n’ai jamais entendu parler d’exclusion de gamines pour port d’une croix (on n’a pas beaucoup de musulmans par ici, mais les Indiennes portent souvent un châle sur la tête, et personne n’en fait tout un plat – ça n’empêche pas le racisme ordinaire, évidemment, mais l’État ne leur interdit pas pour autant d’occuper des fonctions publiques). Quant à l’école, le problème vestimentaire est vite réglé par l’imposition de l’uniforme dans toutes les écoles publiques – et parfois privées.

      En revanche, quand Fox en 2000 est allé prier après son
      élection, ça a fait scandale. Idem ces derniers jours quand cet assassin a expliqué que Patricia n’avait pas fait les dégâts tant espérés par les médias grâce aux prières des Mexicains.

      La neutralité de l’État ne consiste pas à imposer des tenues vestimentaires aux gamins dans les écoles, ou alors on y va carrément et on réinstaure l’uniforme. Je ne vois pas au nom de quoi il serait interdit d’arborer un foulard et autorisé de se balader avec des dreadlocks (rasta, donc signe religieux ostentatoire) ou un t-shirt politique quelconque.

      Foulard = bout de tissu. Lisez Jean Baubérot, tiens. Pour lui, la laïcité doit s’accommoder de tout ce qui est réversible, mais pas de ce qui ne ‘est pas (excision, mais ça nous mène aussi à la circoncision, et là, ça risque de poser des problèmes comme on l’a vu en Allemagne)…

  6. à Odile Fillod,

    Oui, on peut affirmer, et fortement, que le problème n’existe pas. Que c’est un champ de bataille imaginaire. Que la laïcité est un problème imaginaire qui occupe des gens qui n’ont pas de problèmes. Vous ne l’avez pas remarqué ? Ne parle de laïcité que la classe sociale qui ne souffre pas.

    Mais enfin ! Avez-vous vu l’état du catholicisme en France ? L’Église catholique elle-même dit que 4% seulement de la population française est catholique pratiquante. Et de plus ce sont pour l’essentiel des vieillards. Toutes religions confondues, les croyants sont moins de 10% de la population.

    On nous saoule avec les musulmans. Alors que l’islam est, en France, une religion de pauvres et de dominés. Les musulmans ne comptent pas un député, pas un sénateur, pas un maire de grande ville, pas un président de Conseil départemental ou régional, pas un patron de grande entreprise. Et ils auraient trop de pouvoir ?

    Opposer le chômage et les femmes ! Comme si le chômage n’était pas un énorme problème des femmes encore plus que des hommes !

    Ce que je reproche aux laïcistes est de focaliser sur des ectoplasmes quand il faudrait parler de la catastrophe sociale. C’est dingue que l’on nous saoule avec cela quand on ne parle jamais de la « précarité énergétique ». J’étais aujourd’hui avec un conseiller municipal d’une commune rurale. Il estime que la moitié des gens de sa commune ne se chauffent pas, ou pas assez, ou pas tout l’hiver, faute d’argent. Les mal ou pas chauffés sont nettement plus nombreux que les croyants et on ne parle que des croyants…

    La gauche (gouvernementale comme FdG) va prendre une branlée aux régionales. Une branlée pas volée : comme vous, elle parle de coquecigrues mais pas des questions qui pourrissent la vie des classes populaires.

    1. Vous avez entièrement raison.

      Exactement ce que dit Emmanuel Todd : dépêchons-nous de construire des mosquées pour s’apercevoir qu’elles sont vides 😉

      Je viens encore d’entendre Zemmour expliquer qu’il n’existe en France qu’un seul antisémitisme : celui des arabo-musulmans !!(Soral est arabo-musulman ? Dieudonné est arabo-musulman ? Patrick Buisson, Rivarol, Le Pen père, toussa, c’est arabo-musulman ?)
      Non, d’après lui, il n’existe plus du tout d’antisémitisme dans les beaux-quartiers. Visiblement ce mec n’a aucune idée du nombre de milieux où on ne fait pas de « discrimination positive » : on déteste tout autant les juifs, les noirs et les arabes (et les « métèques » en général.)

      Et on entend ces conneries nuit et jour dans tous les grands médias.

      Quand Onfray explique tranquillement dans une émission de grande écoute qu’il y a en France une « politique intérieure islamophile », là, on atteint le fond, le délire le plus total.

      La branlée que ce prendra cette pseudo-gauche sera amplement méritée.

  7. PS @Henri Goldman sur la « conception « dure » de la laïcité » de la France qui « sidère tout le reste de l’Europe », et sur le fait qu’aucun autre Etat européen « n’a souhaité se doter d’une loi qui, à l’instar de celle du 15 mars 2004, interdit les signes religieux dans le lycées et collèges ». Puisque vous soulignez que vous écrivez de Belgique et en tant que Belge, je me permets de citer ces deux extraits du Rapport 2014 de l’ORELA (ULB) concernant la Belgique pour remettre en perspective vos propos :

    – « Le 3 janvier, le député de l’opposition Alain Destexhe (MR) a présenté au Parlement de la Communauté française son projet d’adapter la « charte de la laïcité à l’école », affichée dans toutes les écoles françaises, pour créer une « charte de la neutralité » adaptée à la Belgique. Parmi les mesures proposées figure l’interdiction générale du port de signes convictionnels. En pratique, une telle interdiction est déjà en vigueur dans la plupart des établissements du réseau officiel. Ceux qui acceptent encore le foulard islamique sont de plus en plus rares ; à Bruxelles ils ne seraient plus que quatre. »

    – « La loi du 1er juin 2011 punit les personnes qui se présenteraient dans des lieux accessibles au public le visage masqué ou dissimulé de manière telle qu’elles ne soient pas identifiables. Elle est plus connue sous le nom de « loi anti-burqa ». Elle a été avalisée par la Cour constitutionnelle en décembre 2012. »

  8. « Lorsqu’on sent sa langue méprisée, sa religion bafouée, sa culture dévalorisée, on réagit en affichant avec ostentation les signes de sa différence […] »

    Odile Fillod, en vous lisant on ne peut que répéter cette phrase d’Amin Maalouf citée par notre hôte. Et la compléter. Amin Maalouf est un homme cultivé qui ne vit, ni dans la détresse, ni dans l’humiliation permanente.

    Des gens en colère ont déchiré les chemises de méprisants d’Air France. Ce ne seront sans doute pas les dernières et on ne va pas s’apitoyer sur deux liquettes assorties de quelques baffes. Mais il est à craindre que des désespérés ne se contentent pas de baffes et massacrent des gens qui les méprisent de façon ostentatoire.

    Vous ne tirez pas la leçon de la tuerie de Charlie Hebdo et semblez même appeler de vos vœux une nouvelle guerre de religion de basse intensité. Qui vous enseignera le respect de l’autre ?

  9. Je vais stopper là ma tentative de discussion : face à des gens qui sont dans la posture et l’anathème, c’est parfaitement inutile.
    L’indigence des « réponses » qui me sont faites ici et cette dernière attaque ad hominem pourront au moins avoir une certaine valeur informative pour les internautes qui se promèneront sur ce blog.
    J’ajouterai que venant de quelqu’un qui se cache derrière un pseudo pour insulter une personne qu’il/elle ne connaît pas et lui prêter gratuitement les desseins les plus fantasmatiques, cette personne se trouvant avoir étudié avec passion la langue arabe pendant des années, avoir été une grande lectrice d’auteur-es du Moyen-orient et du Maghreb (y compris Amin Maalouf), avoir lu ou discuté avec nombre de maghrebin-es désespéré-es par le mélange d’ignorance (surtout), de lâcheté (pas mal) et de pitoyable calcul politique (pour quelques-uns) d’une certaine gauche française qui ferme les yeux sur ce que les islamistes sont en train faire en France, cet appel au « respect de l’autre » tombe à plat, pour le moins. Une amie algérienne musulmane qui lutte chaque jour pour continuer à être la seule femme non voilée de son quartier en pleurait chez moi il y a quelques jours.
    Je quitte votre monde binaire dans lequel les événements ont une cause unique, et dans lequel on est soit de votre avis et donc du côté du bien, soit du côté du mal.

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