Le vrai sens du multiculturalisme:le respect des individus

Le vrai sens du multiculturalisme:le respect des individus

Au Canada, les Français doivent faire preuve d’humilité

Par LEXPRESS.fr, publié le 02/05/2016 à 12:21 , mis à jour à 14:18

Le Canada est l'un des pays du G8 qui accueille le plus d'immigrants.

Le Canada est l’un des pays du G8 qui accueille le plus d’immigrants.

AFP/Geoff Robins

« Le Canada mise sur la valorisation des différences », affirme Sabine Choquet, chercheuse et auteure de Identité nationale et multiculturalisme*. Elle a étudié la gestion et le comportement des immigrants au Canada et en France.

Multiculturalisme, identité, immigration, intégration… Autant d’enjeux qui fascinent Sabine Choquet, détentrice d’un doctorat à la Sorbonne et d’un PhD en Sciences humaines obtenu à l’Université Laval à Québec. Pendant près de douze ans, cette chercheuse, auteure et consultante s’est immergée au Canada et y a observé les pratiques.

En quoi le Canada a-t-il une approche de l’immigration différente de la France ?

La France était un pays d’immigration, mais ne l’est plus. Elle a accueilli une main-d’oeuvre étrangère importante durant des siècles, mais cette immigration économique de masse a aujourd’hui cessé. C’est un mythe de croire que la France persiste à accueillir beaucoup d’immigrants. À l’inverse, le Canada est l’un des pays du G8 qui accueille le plus d’immigrants.

 

Le système d’intégration est aussi différent ?

La France et le Canada possèdent un mode d’intégration des immigrants très différent et le terme d’intégration ne signifie pas la même chose sur les deux continents. En France, le terme d’intégration renvoie à la notion d’intégration culturelle et est synonyme d’assimilation, même si ce terme est officiellement banni. À l’inverse, au Canada « être intégré » ne signifie pas l’abandon de sa culture d’origine et est compatible avec la manifestation de ses différences culturelles et religieuses.

Le Canada est l’un des seuls pays au monde, avec l’Australie, à avoir mis en place une Loi sur le multiculturalisme. Elle a été présentée à la Chambre des communes en 1971 par le Premier ministre Pierre-Eliott Trudeau. À l’époque, le Premier ministre voulait créer une unité à l’échelle du continent canadien qui transcende les revendications des nations minoritaires québécoises et autochtones. Il voulait faire de la valorisation des différences un lien qui unit tous les Canadiens qu’ils soient francophones, anglophones ou amérindiens. Il essayait de dépasser les risques de scission du pays que faisaient peser sur le Canada les revendications particulières des nations minoritaires.

Contrairement à ce que croient parfois les Français, le multiculturalisme n’avait pas pour but de diviser les Canadiens et de créer des droits différenciés, mais avait donc au contraire pour objectif de les rassembler autour de principes communs. Le programme du multiculturalisme a toutefois beaucoup évolué depuis sa création. A l’origine, il facilitait la préservation des cultures d’origine des immigrants. Aujourd’hui, il les sensibilise davantage à l’existence de valeurs et d’une identité proprement canadienne.

Est-il plus facile d’immigrer au Canada qu’en France?

Il n’est facile d’immigrer nulle part. Je pense qu’il y a un mythe du Canada en France, véhiculé par la jeunesse. Ce n’est pas parce que l’on parle la même langue, et là je pense au Québec, qu’on a la même culture. Lorsque, ces dernières années, j’ai vécu au Canada, j’ai été très choquée par le comportement des Français qui s’y installent. Ils ont tendance à crisper les Québécois en faisant de la France une référence perpétuelle. Lorsque l’on est en terre étrangère, nous devons être à l’écoute des usages, observer comment les gens se comportent, les mots qu’ils utilisent. En France, nous demandons à nos immigrants de faire profil bas, de ne pas se faire remarquer… Il est donc surprenant que les Français ne fassent pas la même chose lorsqu’ils sont à l’étranger.

Ce n’est donc pas un mythe, au Canada, le Français donneur de leçons?

Si j’avais un conseil à donner aux Français qui veulent s’installer au Canada, c’est de suspendre un peu leur jugement, de ne pas sans cesse se mettre dans la position de celui qui « sait », de celui qui connait, de celui qui sait parler français parce qu’il est le garant de la langue et qu’il provient du « pays des droits de l’Homme ». Ne pas imposer ses valeurs, sa vision du monde, ses vérités. Car malheureusement c’est le genre de caricature qui fait que nous ne sommes pas toujours appréciés à l’étranger. L’expérience positive du voyage est de perdre ses repères : c’est déstabilisant, mais nécessaire. Il faut remettre en cause ses pratiques, être capable de se dire que d’autres modes de vie sont possibles. C’est une garantie de bonne intégration.

Quels autres conseils donneriez-vous pour une intégration réussie au Canada ?

Les personnes qui immigrent au Canada devraient, avant de partir, davantage se renseigner sur cette culture, sur la manière dont on interagit au quotidien. Sinon, un phénomène communautaire se crée et provoque ce que l’on observe à Montréal par exemple : la concentration des Français sur le Plateau-Mont-Royal. Ils vivent entre eux. J’ai vu des soirées de Français où il n’y avait que des Français, parce qu’ils n’arrivent pas à s’intégrer. S’il ne se défait pas de ses réflexes, le Français aura du mal à s’intégrer au Canada. C’est un peu dommage de partir au Canada et de ne vivre qu’avec des amis français, de n’avoir que des voisins français…

 

*Identité nationale et multiculturalisme – Deux notions antagonistes?,aux Editions Classiques Garnier (2015).

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