Raquel Rosario Sanchez : L’essai de récupération de Chimamanda Ngozi Adichie par la Troisième vague est tout sauf intersectionnel

« Comment a-t-elle pu dire pareille chose ?! » Chaque réaction de ce genre exprimée à propos des remarques récentes de Chimamanda Ngozi Adichie sur les transfemmes (transwomen) véhiculait le message que les gens étaient non seulement indignés par la romancière nigériane et féministe, mais également déçus par elle. Dans le Los Angeles Times, Michael Schaub a écrit qu’elle avait « irrité » la communauté transgenre. Paper Magazine a expliqué que « les gens ne réagissent pas bien » à ses commentaires. Dans The Root, Raquel Willis a déclaré qu’Adichie avait « manipulé (gaslighted)  » les personnes transgenres pour finalement « les dépouiller de leur condition féminine (womanhood) ». Le blogue Unapologetic Feminism a dit des commentaires d’Adichie qu’ils révélaient son « manque de raffinement » comme théoricienne. (Le problème ne pouvait pas être qu’elle avait une opinion valable, quoique différente, sur la condition féminine : il fallait qu’elle soit confuse ou stupide.)

La plupart des tribuns qui ont dénoncé les commentaires d’Adichie ont fait preuve de malhonnêteté dans leur portrait du conflit, reproduisant presque exclusivement les opinions défavorables à son égard. En excluant le soutien et la solidarité remarquables qu’Adichie a reçus de nombreux hommes et femmes, son opinion a été présentée comme une aberration (et donc plus condamnable) et plus isolée qu’elle ne l’est en réalité.

Et qu’est-ce qu’une écrivaine féministe renommée a dit pour provoquer une telle indignation (alléguée) ? Dans une interview accordée au réseau britannique Channel 4 News, on lui a demandé :

« La façon dont vous en êtes venue à la condition féminine a-t-elle de l’importance ? … Si l’on est une transfemme qui a grandi en s’identifiant comme homme, qui a grandi en jouissant des privilèges d’être un homme, cela empêche-t-il de devenir une femme ? »

Elle a répondu :

« Je pense que tout le problème du genre dans le monde tient à nos expériences. Il ne s’agit pas de la façon dont nous coiffons ou d’avoir un vagin ou un pénis. Il s’agit de la façon dont le monde nous traite, et je pense que si vous avez vécu dans le monde en tant qu’homme, avec les privilèges que le monde accorde aux hommes, et que vous changez ensuite pour ainsi dire de genre, il est difficile pour moi d’accepter que nous puissions alors assimiler votre expérience à celle d’une femme qui a toujours vécu dans le monde en tant que femme et qui ne s’est pas vu accorder ces privilèges dont disposent les hommes. Ce que je dis, c’est que le genre ne relève pas de la biologie, le genre relève de la sociologie. »

L’intensité de la réaction hostile à ses propos a amené Adichie à publier une réponse plus détaillée, qui manifeste à ses critiques beaucoup plus d’empathie et de réflexion qu’eux-mêmes lui en avaient accordée. Elle a expliqué que reconnaître le privilège masculin « ne signifie pas que les transfemmes n’ont pas subi des difficultés en tant que garçons. Mais elles n’ont pas subi ces difficultés particulières au fait d’être nées de sexe féminin, et cela importe parce que ces expériences façonnent la façon dont les femmes adultes nées de sexe féminin interagissent avec le monde. » Au festival Women of the World, Adichie a élaboré en disant qu’amalgamer les vécus des transfemmes aux vécus des femmes était « malhonnête » :

« Je ne crois pas que nous devrions insister pour dire que la personne qui est née femme et a vécu sa vie comme femme a les mêmes expériences que quelqu’un qui a vécu une transition à l’âge adulte. Je ne pense pas que ce soit la même chose. Et je ne pense pas que ce doive être la même chose pour que nous puissions leur apporter notre soutien. »

Les éclaircissements apportés par Adichie n’ont pas apaisé les critiques qui n’exigent rien de moins qu’une rétractation complète et l’adoption obéissante du genre de « novlangue » moderne qui réclame que nous acceptions les transfemmes comme des femmes au sens strict.

Le tollé entourant les propos d’Adichie reflète deux enjeux distincts : 1) la croyance que seules les transfemmes devraient être les arbitres de ce qu’est la condition féminine, et 2) la pratique d’élever certaines femmes au rang d’icônes, pour les détrôner avec virulence dès qu’elles expriment une opinion que réprouvent ceux et celles qui ont ainsi tenté de la récupérer symboliquement (to tokenize her).

Pour ce qui est du premier argument, certaines personnes prétendent que les transfemmes ne peuvent avoir de privilège masculin parce qu’elles ne s’identifient pas comme hommes. Par exemple, sur le site Everyday Feminism, Kai Cheng Thom, qui est trans, soutien t: « Nous ne pouvons pas recevoir de privilège masculin, parce que le privilège masculin est par définition une chose que seuls les hommes et les personnes identifiées au masculin peuvent éprouver. » Mais cet argument présuppose que pour qu’une influence structurelle (comme le privilège systémique) vous affecte, vous devez vous y identifier. Selon cette logique, donc, nous femmes et jeunes filles devrions nous identifier à notre oppression avant que celle-ci ait des effets sur nous. (Cet argument évite également la question : à partir de quoi et vers quoi les transpersonnes font-elles transition ?)

Laverne Cox, qui est également trans, a tenu un argument similaire, écrivant sur le réseau Twitter :

«  J’ai demandé aujourd’hui à mon frère jumeau s’il croyait que j’avais bénéficié de privilège masculin dans ma jeunesse. J’étais un enfant très féminin même si on m’a assigné le sexe mâle à la naissance. Ma féminité m’a empêchée de ressentir de privilège.  »

Mais le privilège ne demande à personne si on en veut, donc la question n’est pas si vous êtes d’accord avec lui ou si vous y « croyez ». Le privilège se perpétue en demeurant à l’arrière-plan, invisible pour ceux qui le possèdent. Cela signifie que le fait d’être en mesure de ne pas remarquer son privilège est en soi un signe de privilège. Le fait de dire, « je ne ressentais pas de privilège », même en faisant partie d’une classe privilégiée de personnes, témoigne du pouvoir, toujours présent, de la personne qui parle.

Et comment contester l’oppression systémique si nous nions son existence même ? Comme le souligne sur son blogue l’écrivaine et chercheure Claire Heuchan :

« Si la transféminité (trans womanhood) est synonyme de la condition féminine, les caractéristiques de l’oppression des femmes cessent d’être identifiables comme expériences de femmes… Si nous ne pouvons pas reconnaître les privilèges dont disposent les êtres reconnus et traités comme masculins par rapport à leurs homologues féminins, nous cessons de pouvoir reconnaître l’existence du patriarcat. »

Nous vivons dans un monde où des millions de filles sont avortées avant même leur naissance simplement parce que leur échographie a montré une vulve au lieu d’un pénis. Rita Banerji, directrice de la campagne 50 millions de disparues, a raison de dire que « l’extermination massive des femmes » est une crise des droits de la personne. Nous vivons dans un monde où les médicaments et les traitements pour des problèmes de santé aussi graves que les infarctus sont conçus en fonction de la physiologie masculine, ce qui mène à des diagnostics erronés et même à des décès chez les femmes. En fait, on assiste à une sous-valorisation systémique des femmes dans le domaine médical quand il s’agit de la façon dont les maladies cardiovasculaires affectent la biologie féminine, ce qui entraîne plus de risques et de décès chez les femmes. Celles-ci sont également plus susceptibles d’être blessées dans des accidents de voiture parce que les mannequins d’essai de collision ont longtemps été conçus en fonction du corps des hommes, et non des femmes (un problème qui commence à peine à être abordé, et les mannequins « masculins » sont encore la norme). Nous avons essayé de faire semblant que les corps masculins et féminins sont identiques, et ce sont les femmes et les jeunes filles qui en paient le prix.

Comme l’écrit la choniqueuse Sarah Ditum, les femmes ne peuvent pas rester neutres face à cet enjeu parce que son champ de bataille est nos corps : « Il est impossible d’éviter de choisir un camp quand vous êtes vous-même le territoire contesté. » Suggérer que les femmes ne devraient pas discuter des différences entre femmes et femmes trans ou même reconnaître ces différences, de peur d’être qualifiées de « controversées » (ou pire), n’est qu’une autre manière pour le patriarcat d’exiger d’elles la soumission et le silence en échange d’une impression factice de sécurité.

Dans un monde où naître pourvue d’un vagin s’accompagne d’oppressions matérielles distinctes, l’idée que ces dynamiques dépendent des sentiments de la personne en cause manifeste une insensibilité insultante à l’égard des femmes et des jeunes filles, car elle présuppose qu’en nous identifiant comme autre chose, nous pourrions éviter l’oppression.

Laverne Cox affirme que « l’intersectionnalité complexifie les privilèges masculins et cis », mais ne devrait-elle pas compliquer aussi le privilège masculin des transfemmes ? Si l’intersectionnalité doit s’appliquer à tous les axes de privilège et d’oppression (comme je le crois), pourquoi les identités trans en seraient-elles exemptées ?

Willis, qui est transactiviste, fait partie des gens qui croient qu’Adichie ne devrait tout simplement pas parler des transfemmes :

« Voir Chimamanda être interrogée à propos des transfemmes est comme voir Lena Dunham être interrogée à propos des femmes noires. Cela ne fonctionne pas. Nous pouvons nous exprimer nous-mêmes. »

Mais Adichie s’était fait poser une question sur la condition féminine ; à titre de femme, pourquoi ne devrait-elle pas avoir voix au chapitre ?

La déclaration de Willis laisse entendre que les transfemmes devraient avoir le droit de définir la condition féminine non seulement pour elles-mêmes, mais également pour toutes les femmes. Mais si les transfemmes sont les seules autorisées à parler de la condition féminine, de quoi les femmes ont-elles le droit de parler ? Quels récits les femmes ont-elles le droit de narrer ?

« La libération est toujours en partie un processus de narration », a écrit récemment Rebecca Solnit dans The Guardian. « Une personne libre raconte sa propre histoire. » En d’autres termes, la capacité des femmes à parler de leur propre vie, de leur corps et de leur expérience est profondément politique.

« Une personne valorisée vit dans une société où son récit a une place. La violence contre les femmes est souvent exercée contre nos voix et contre nos récits. C’est un refus de nos voix et de ce qu’une voix signifie : le droit à l’autodétermination, à la participation, au consentement ou à la dissidence ; le droit de vivre et de participer, d’interpréter et de narrer.

Qui est entendu et qui ne l’est pas sont ce qui définit le statu quo. Ceux et celles qui l’incarnent, souvent au prix de silences extraordinaires à propos d’eux-mêmes, gravitent vers le centre ; ceux et celles qui incarnent ce qui n’est pas entendu, ou ce qui ternit l’image de ceux qui s’élèvent en silence, sont bannis. »

Les opinions des femmes sont l’objet d’un constant contrôle parce que les opinions font partie de la sphère publique et que, dans un système patriarcal, les femmes doivent demeurer dans la sphère privée. (L’idée même que quelqu’un devrait « venir réparer » les positions politiques de Ngozi Adichie témoigne de ce contrôle.)

Mais pourquoi le mouvement de ressac contre Adichie a-t-il été aussi immédiat ? Pourquoi dépeint-on ses opinions comme outrancières et « phobiques » quand elles sont tout sauf cela ? Je crois que c’est parce qu’elle avait été élevée sur un piédestal par des progressistes et, qu’en exprimant une opinion impopulaire, elle a dévié de la pensée de groupe dont le féminisme de la troisième vague a fait une ligne de parti. Pire encore, elle avait exprimé des points de vue partagés par la deuxième vague, celle des féministes radicales.

Quand Adichie est devenue un nom familier en Occident, elle était une jeune femme de couleur originaire du Nigeria qui s’est servie de sa voix pour galvaniser l’urgence d’une diversité de voix et de perspectives. Une bonne cause, certes, mais qui a été manipulée pour fomenter des divisions au sein du mouvement des femmes dans le monde.

Le féminisme de la troisième vague aux États-Unis prétend en effet qu’avant lui, le mouvement des femmes avait complètement ignoré la diversité des vies et des expériences des femmes. Cette thèse est du pipeau. En tant que femme dominicaine qui a étudié l’histoire du mouvement féministe, dans mon propre pays ainsi qu’en Amérique latine et aux Antilles, cette lecture me semble à courte vue et, de façon prévisible, centrée sur les États-Unis. Le mouvement pour les droits des femmes existe depuis plus d’un siècle, ancré dans une foule de pays et d’époques. Il est inexact de tenir pour acquis que jusqu’à l’apparition aux États-Unis de l’expression « féminisme intersectionnel », le mouvement des femmes ne s’est soucié que des besoins et des préoccupations des femmes blanches, occidentales et de classe supérieure.

Mais même si nous nous penchions uniquement sur l’histoire du mouvement des femmes aux États-Unis, nous apprendrions que sa première vague a débuté à la suite d’un incendie qui a consumé la Triangle Shirtwaist Company, tuant plus de 100 immigrantes de classe ouvrière. Ce sinistre a conduit les femmes à comprendre le danger et l’impuissance qui balisaient leurs vies en l’absence de droits politiques et de solidarité, en tant que classe opprimée, une analyse qui s’est avérée cruciale pour la fondation du mouvement suffragiste. De façon similaire, le féminisme et le mouvement syndical ont coopéré (et géré des conflits) depuis plus d’un siècle, et au sein de cette lutte, les féministes ont souvent été celles qui ont réclamé plus d’inclusion. Certaines des universitaires et des penseuses féministes les plus renommées de nos jours, comme bell hooks et Angela Davis, ont acquis un rôle central dans le mouvement des femmes au cours de sa deuxième vague, précisément parce qu’elles intégraient et critiquaient les rapports raciaux au sein du mouvement. Effacer les contributions des femmes de couleur au mouvement féministe avant l’avènement de la troisième vague, c’est faire exactement ce que les femmes de la troisième vague prétendent critiquer : c’est ignorer les apports des femmes de la classe ouvrière et des femmes de couleur.

L’objectif de tracer une ligne de démarcation entre ce que les gens de la troisième vague appellent le « féminisme blanc » et le « féminisme intersectionnel » est à la fois de ternir les réalisations du mouvement des femmes à travers l’histoire et d’accroître les divisions, l’hostilité et les luttes intestines entre les féministes d’aujourd’hui. Par peur d’être considérées comme « problématiques », les jeunes féministes d’aujourd’hui sont incitées par les gens de la troisième vague à rejeter et à dénoncer leurs aînées sans même avoir lu ou compris leur travail. En cela, l’expression de « féminisme blanc » est devenue un fourre-tout regroupant des attaques misogynes depuis longtemps dirigées contre les féministes, mais cette fois sous le masque d’une quête de justice sociale.

L’intersectionnalité est une théorie créée en 1989 par Kimberlé Crenshaw, une universitaire et juriste noire, dans son essai intitulé «Demarginalizing the intersection of race and sex: A Black feminist critique of anti-discrimination doctrine, feminist theory, and antiracist politics (Démarginaliser l’intersection de la race et du sexe : une critique féministe noire de la doctrine anti-discrimination, de la théorie féministe et de la politique antiraciste) ». Crenshaw a abordé la façon dont les statuts de Noire et de femme affectent simultanément ces femmes dans le système juridique américain. Crenshaw a défini le « féminisme blanc » comme « la création d’une conscience distincte et opposée à celle des hommes blancs » et « l’incapacité d’embrasser les complexités de son caractère composite ».

L’intersectionnalité est un puissant outil d’analyse, mais on en a fait une marotte souvent utilisée de manières qui ont peu à voir avec l’intention originale de ce concept. Jess Martin explique : « La génération du Millénaire utilise souvent ce terme pour dénoncer quiconque explore des sujets ou soutient des opinions politiques qui leur déplaisent, en particulier toute critique de la définition queer du genre comme identité choisie et individuelle, ou toute critique de la sexualisation, de l’objetisation et/ou de l’industrie du sexe. »

Le féminisme étasunien contemporain semble penser qu’il a besoin de sorcières et d’idoles pour se différencier des vagues précédentes et pour devenir populaire. Les sorcières – que l’on diffame, calomnie et censure pour les faire taire – sont les femmes du mouvement qui s’identifient à la deuxième vague et aux idées féministes radicales. Quant aux idoles, ce sont des femmes comme Adichie qui possèdent les identités dont le discours de la troisième vague est présentement en quête, afin de se présenter comme plus progressiste et légitime que le mouvement féministe de base qui poursuit sa route. (Adichie est une jeune femme de couleur originaire de l’extérieur des États-Unis). À un moment où la politique identitaire pèse plus lourd que la réalité matérielle, cet ensemble d’identités a été perçu par les progressistes comme une bonne raison de tenter une récupération symbolique de sa voix.

Hélas, d’une manière que reconnaîtra quiconque a déjà été instrumentalisé-e sur la base de son identité, dès le moment où cette femme brillante, puissante et réfléchie a émis une idée qui s’avérait impopulaire, elle a été traînée en position de n’être que juste une autre privilégiée qui ne sait pas ce dont elle parle et doit être « éduquée ». Elle a été qualifiée de « TERF » et de « féministe blanche » elle-même, et ses opinions présentées comme non seulement erronées, mais toxiques.

Ceci démontre, à tout le moins, que le label de « féminisme blanc » n’a jamais été conçu comme une analyse des vecteurs de race ou de classe. Il a toujours été destiné à diffamer et à diviser les femmes entre les catégories de « féministes éveillées (Woke feminists) » et de féministes non éveillées. Comme l’expression « cis », analysée par Rebecca Reilly-Cooper, c’est un outil linguistique destiné à « garantir que nous les femmes n’ayons aucun moyen de nous décrire qui ne nous dépeigne pas comme oppresseures ».

Heureusement, il existe quelqu’un qui nous a déjà enseigné comment tenir tête au ressac qui accueille des opinions controversées : Chimamanda Ngozi Adichie elle-même. Je ne sais pas si l’intimidation intense dont elle a été récemment victime forcera Adichie à abjurer ses propos hérétiques – j’espère bien que non… Mais si elle a besoin d’un peu de réconfort, elle peut relire son propre discours, prononcé lors de la cérémonie de clôture de la conférence de 2015 Girls Write Now :

« Je pense que ce que notre société enseigne aux jeunes filles, et je pense qu’une leçon dont il est assez difficile de ne pas tenir compte, même pour des femmes plus âgées – et qui s’affirment féministes –, est cette idée que l’amabilité est une partie essentielle de votre identité, de l’espace que vous occupez dans le monde, et que vous êtes censée vous tordre de mille et une manières pour vous rendre aimable, que vous êtes censée vous retenir parfois, reculer, ne pas dire les choses clairement, ne pas trop insister, parce que vous devez être aimable.

Et je dis que tout ça, c’est du pipeau.

Donc, ce que je veux dire aux jeunes filles, c’est d’oublier l’amabilité. Si vous commencez en pensant à être aimable, vous n’allez pas raconter votre histoire honnêtement, parce que vous allez être trop préoccupée de n’offenser personne… Et cela va ruiner votre histoire. Alors, oubliez l’amabilité. Et puis, le monde est un endroit si merveilleux, diversifié et aux facettes multiples qu’il s’y trouvera sûrement quelqu’un pour vous aimer : vous n’avez pas besoin de vous tordre de mille et une manières. »

Madame Adichie n’est pas ici pour être l’idole alibi éveillée de qui que ce soit. Elle n’existe pas pour assurer le confort d’autrui. Elle n’est pas une page blanche sur laquelle d’autres personnes pourraient projeter leurs idées. Elle est là pour dire sa vérité, même s’il y en a qui ne veulent pas l’entendre.

Dans un moment où le féminisme de la troisième vague centré sur les États-Unis tient plus de la ligne de parti que d’un mouvement politique, la position d’Adichie (et sa décision de la défendre au milieu de la fureur) est une rare démonstration de bravoure.

En regardant Adichie tenir tête à cette tempête de feu, plus de femmes apprendront à résister.

Raquel Rosario Sanchez

Raquel Rosario Sanchez est une activiste et défenderesse des droits, originaire de la République dominicaine. Son travail porte sur la violence envers les femmes et les filles, la traite des personnes et l’abolition de la peine de mort. Elle poursuit en Oregon un diplôme de master en Études sur les femmes, le genre et la sexualité.

Version originale http://www.feministcurrent.com/2017/03/20/third-waves-tokenization-chimamanda-ngozi-adichie-anything-intersectional/

Traduction : TRADFEM

https://tradfem.wordpress.com/2017/03/21/lessai-de-recuperation-de-chimamanda-ngozi-adichie-par-la-troisieme-vague-est-tout-sauf-intersectionnel/

De l’auteure :

« Gestateurs », « hôtes » et « personnes enceintes » : Le pacte entre la droite et la gauche pour effacer les femmes, gestateurs-hotes-et-personnes-enceintes-le-pacte-entre-la-droite-et-la-gauche-pour-effacer-les-femmes/

Le tourisme sexuel est un impérialisme sexualisé, raquel-rosario-sanchez-le-tourisme-sexuel-est-un-imperialisme-sexualise/

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