Quels sont les enjeux pour la vie des femmes en Afghanistan ? (plus autres textes)

  • Quels sont les enjeux pour la vie des femmes en Afghanistan ?
  • Nathalie Moga : Droit d’asile : ce que cela peut changer pour une femme afghane
  • Gilbert Achcar : Afghanistan : le cimetière des empires
  • Jacques Fath : Afghanistan : de quelle défaite parle-t-on ?
  • Les femmes du Kurdistan réclament la solidarité avec leurs homologues afghanes

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Avec la prise du pouvoir par les talibans en Afghanistan, les impacts réels de l’occupation militaire américaine dans le pays sont mis en évidence. Cela fait 20 ans que des discours sur la liberté, la démocratie et la guerre contre le terrorisme se cachent derrière des milliards de dollars et d’innombrables morts danse la population afghane. Au cours de cette période, un gouvernement fantoche a été formé, plongé dans la logique de la corruption et de l’augmentation exponentielle des exportations d’opium, accompagnée d’une dépendance aux drogues dans le pays. Bien que des progrès aient été réalisés dans les possibilités de vie, d’études et de profession pour les femmes dans une petite partie du pays, dans d’autres, des restrictions, des violences et des flagellations contre les femmes étaient toujours en vigueur. Les talibans ont continué à s’organiser sous l’occupation. Les technologies de surveillance testées par les États-Unis sont désormais des instruments pour l’exercice du pouvoir des talibans.

Les interventions militaires sont une stratégie impérialiste des États-Unis pour imposer sa politique et les intérêts de ses entreprises. Nous reprenons le positionnement de la Marche Mondiale des Femmes en 2001, anticipant les effets de l’occupation américaine qui a eu lieu cette année-là. La guerre « ne résout aucunement les problèmes qui en sont à la source ; au contraire elle aggravera la pauvreté et l’humiliation des populations affectées. (…) Nombre de gouvernements en profiteront pour alimenter la xénophobie, pour resserrer encore plus leurs frontières s’érigeant ainsi en forteresse contre les immigrantes et les réfugiées, pour mettre en péril et même supprimer les droits civils et les libertés fondamentales en particulier celles des femmes, pour criminaliser tout mouvement d’opposition à la mondialisation néo-libérale et sexiste actuelle. » Cette récupération nous ancre à l’heure de la politique et nous permet de regarder la situation alarmante actuelle en Afghanistan à la lumière de la conjoncture régionale et internationale. Les dangers pour la vie des femmes y sont au cœur, mais ne peuvent être considérés comme un problème isolé.

Le 17 août 2021, deux jours après la prise de Kaboul par les talibans, Capire s’est entretenu avec une Afghane qui milite pour les droits des femmes, et dont l’identité sera gardée secrète pour des raisons de sécurité et pour la délicatesse des circonstances actuelles. Elle a passé deux ans en tant que réfugiée au Pakistan puis est rentrée en Afghanistan en 2003, où elle a poursuivi ses études jusqu’en 2018. Elle vit actuellement en Allemagne. L’entretien ci-dessous est une contribution à la compréhension de la situation du point de vue des femmes afghanes. Notre objectif est de construire une solidarité féministe et internationaliste permanente envers les femmes et le peuple afghan, avec la souveraineté et l’autodétermination de tous les peuples.

Nous aimerions faire connaître ce qui se passe aujourd’hui en Afghanistan du point de vue et de l’expérience des femmes du pays. Quel regard portez-vous sur la situation actuelle en Afghanistan ? 

La situation dans mon pays est un cauchemar pour la population, en particulier pour les femmes. Tout s’est effondré en quelques heures : le travail acharné des femmes qui se battaient pour leurs droits et pour le peu de visibilité qu’elles avaient commencé à avoir dans la vie publique, en intégrant les institutions gouvernementales et en accédant à l’université et à l’école. Elles ont peu à peu fait confiance à la démocratie et à la possibilité d’avoir des droits et de penser à un avenir meilleur.

La situation est effroyable. Aujourd’hui, je vis en Occident, en Europe, donc je peux seulement imaginer comment vivent les femmes dans mon pays. Malheureusement, les membres de ma famille qui fréquentaient l’Université ne peuvent pas poursuivre leurs études pour le moment. Bien que les talibans aient annoncé qu’il n’y aurait pas de restrictions, personne n’y croit, compte tenu de ce qu’ils faisaient il y a 20 ans. Les crimes qu’ils ont commis pendant cette période sont toujours présents dans la mémoire des gens.

Les gens disent qu’ils ne savent pas qu’attendre de l’avenir. Tout le monde a peur de devenir une cible. Tout le monde souffre, mais les femmes sont toujours la cible la plus facile. Les gens ont peur de sortir travailler et d’être suivis sur le chemin du retour, et craignent qu’on ne fasse du mal à leur famille. Le silence à Kaboul est terrifiant. On n’entend personne, même les enfants ne jouent pas dans la rue.

Kaboul est au cœur de l’Afghanistan, et la plupart des militants y vivaient. Certaines journalistes se sont remises au travail aujourd’hui. J’ai vu des vidéos de Kaboul montrant que certaines présentatrices sont apparues sur des chaînes de télévision privées. En même temps, les gens n’ont pas confiance en la situation. Les choses pourraient changer après le 31 août, dernier jour pour que les Américains évacuent le pays.

Peut-être que les talibans montrent un côté plus modéré en ce moment, mais une fois qu’ils formeront le gouvernement, les choses changeront. Il existe une vidéo dans laquelle un soldat taliban est interrogé spécifiquement sur les femmes et il répond qu’ils veulent « instaurer ce que la charia [1] prodiguent pour les femmes », soulignant qu’elles devront suivre le code vestimentaire de la charia. Il a laissé échapper qu’il pense que les femmes devraient rester à la maison. Par ailleurs, leurs leaders affirment que les femmes pourront avoir accès à ses structures, qu’elles sont nécessaires et qu’elles font partie de cette société. D’une manière ou d’une autre, c’est ce qu’ils veulent montrer, mais sur le terrain, les soldats ont un autre discours.

Certains disent que les États-Unis ont échoué en Afghanistan, tandis que d’autres disent que c’était l’objectif même. Que signifient les 20 dernières années d’occupation américaine dans le pays ? 

Lorsque les États-Unis ont occupé l’Afghanistan, les Afghans s’attendaient à un changement. Mais rien d’essentiel n’a eu lieu. Ils sont retournés au gouvernement afghan et ont en même temps eu une certaine implication avec les talibans, dans le sens où ils ne voulaient pas faire pression sur eux, même s’ils montraient qu’ils combattaient le groupe. En général, les villageois ont commencé à se retourner contre les États-Unis, les bombardements qui se sont produits étant l’une des principales raisons. Des civils étaient tués.

Les gens ont commencé à éprouver de la rancune envers les Américains, mais cela ne signifie pas qu’ils voulaient que les talibans reviennent au pouvoir. La population avait déjà connu la période de contrôle des talibans et savait ce que cela signifiait. Depuis 15 ans, mon village est en quelque sorte passé sous leur contrôle. Les filles ne pouvaient étudier que jusqu’à la sixième, pas au-delà. Les gens savaient que les talibans ne leur donneraient rien. Elles voulaient le soutien du gouvernement, elles voulaient que le gouvernement devienne plus fort. Elles croyaient en ce petit peu de démocratie que le gouvernement offrait.

Nous ne demandons pas aux États-Unis de rester. Nous ne voulons pas de l’occupation. Le problème, c’est la façon dont ils sont partis, c’est le vide qu’ils ont laissé. Ils ont littéralement jeté les Afghans dans la fosse aux lions. C’est ce que font les Américains : ils prennent ce qu’ils veulent et vous laissent là. En ce moment, les Afghans éprouvent un terrible sentiment de panique.

« Le fait n’est pas que la population regrette les Américains. Les gens veulent un gouvernement démocratique, avec des représentants et des élections, où les femmes puissent avoir des droits. Même après 20 ans d’occupation, les États-Unis n’ont rien fait. Ils ne faisaient que s’exhiber devant le reste du monde. »

Les Afghans avaient un parlement et les filles allaient à l’école : c’est la seule image que les États-Unis veulent montrer au monde. Ce sont les familles afghanes qui devrait en recevoir les lauriers. Ce sont elles qui ont envoyé leurs filles à l’école, à l’université. Et elles pouvaient travailler. Pendant ce temps, les femmes étant la cible d’attaques, il y a eu des enlèvements et des attentats-suicides. Cependant, qui devrait avoir le mérite de notre sécurité, c’est la population, pas les États-Unis ou le gouvernement fantoche qui ne nous a pas aidés.

Maintenant, la population est très en colère, en particulier les femmes. Elles croient que les Américains auraient dû quitter le pays correctement, par des voies appropriées. La population n’a pas demandé aux Américains de venir. Ben Laden a été tué au Pakistan, pas ici. Ils sont venus et maintenant ils nous laissent à nouveau avec un groupe médiéval qui va continuer à dominer le pays.

Que signifie cette situation pour le contexte régional et international ?  

En ce moment, tout le monde est confus, y compris les talibans. Ils n’ont pas de programme, ils ne savent pas comment former un gouvernement. C’est un peu déroutant pour tout le monde. Aujourd’hui, la Chine a déclaré qu’elle allait reconnaître les talibans et la Turquie a déjà exprimé son soutien. Cela leur donne une légitimité.

Les choses ont beaucoup changé au cours des 20 dernières années, en ce qui concerne la prise de conscience par les femmes de leurs droits et de leur accès aux médias et à Internet. Les talibans montrent donc leur côté plus modéré afin de gagner une certaine reconnaissance, du moins parmi les pays de la région. C’est une période confuse, mais nous comprendrons mieux tout cela après le 31 août. Tout a été très soudain.

Quelle est l’issue possible en Afghanistan et quel peut être le soutien international, compte tenu de l’augmentation du nombre d’Afghans qui vont devenir des réfugiés ? 

Lorsque le reste du pays est tombé aux mains des talibans, province après province, les gens se sont réfugiés à Kaboul. En trois ou quatre jours, plus de 20 000 personnes ont fui vers la capitale. Lorsque les Talibans sont arrivés à Kaboul, les gens ont commencé à essayer de quitter l’Afghanistan. C’est l’une des choses qui doivent être montrées au monde : les gens ne soutiennent pas les talibans, ils veulent quitter le pays à tout prix. Les trois personnes qui sont mortes en essayant de se cacher dans l’avion qui décollait… cet épisode terrible montre à quel point les gens veulent partir.

Les environs de l’aéroport de Kaboul sont bondés, car les gens pensent qu’ils pourront quitter le pays. Les Nations Unies elles-mêmes ont lancé un appel aux pays voisins pour qu’ils acceptent l’entrée des réfugiés. Les gens ne veulent pas vivre sous le contrôle des talibans, car ils ne savent pas quel sera l’avenir de leurs enfants.

Dans une situation idéale, les talibans ont peut-être vraiment changé et peuvent permettre aux femmes de travailler, ne pas interférer dans l’éducation des filles, peuvent permettre aux femmes d’accéder à l’université. Mais nous avons des exemples de pays comme l’Iran et l’Arabie saoudite où les femmes ont été réprimées et sont devenues des cibles faciles. Les intellectuels n’ont pas la liberté de travailler, les personnes qui défendent les droits humains ne peuvent pas agir.

Les talibans ne resteront pas en retrait. C’est malheureux, car beaucoup de gens avaient commencé à avoir une vie. Si vous aviez un lopin de terre dans votre village, vous saviez que vous pouviez l’utiliser pour vous-même. Les habitants de Kaboul ont commencé à avoir leurs propres maisons. Il y a quelques années, les Afghans voulaient également quitter le pays, mais pas en si grand nombre. À cette époque, c’était en raison des assassinats ciblés sur la population hazara [2], à cause de la pauvreté. Dans les mois à venir, on parlera de millions de personnes.

Quelles actions de solidarité internationale les mouvements sociaux et féministes peuvent-ils mettre en place en ce moment ?

Le plus grand soutien est de faire entendre la voix du peuple afghan et des femmes afghanes. C’est la plus grande action de solidarité, de soutien et d’assistance que le peuple afghan puisse recevoir. N’oubliez pas notre pays. Aujourd’hui, nous passons aux infos, mais dans quelques semaines, lorsque les talibans annonceront le gouvernement, la situation se calmera et personne d’autre ne se demandera ce qu’il se passe dans le pays.

« Une fois que le sujet ne fera plus les gros titres, c’est là que le travail acharné commencera. C’est là que nos femmes auront besoin de leurs compagnes internationales pour faire entendre leur voix. »

Je crains qu’à un moment donné, Internet soit coupé. Cela peut arriver, car les talibans peuvent ne pas vouloir que des preuves de leurs crimes soient diffusées. Ensuite, ces voix devraient atteindre tous les coins du monde, afin de ne pas laisser les femmes afghanes seules. Il y a des gens qui disent que si ce qui se passe est pacifique, comme le prétendent les talibans, il n’y a pas de problème. Mais, non, ça ne va pas. Un cimetière peut aussi être paisible. Nous ne voulons pas que notre pays devienne un cimetière.

[1] La charia est la loi islamique, soutenue par le Coran et le Hadith, texte complémentaire de cette foi. Elle est adoptée dans plusieurs pays à majorité musulmane.

[2] Le peuple hazara, à majorité musulmane chiite, était autrefois l’un des groupes ethniques les plus importants d’Afghanistan, représentant environ 67% de la population du pays. On estime que plus de la moitié de cette communauté a été massacrée à la fin du XIXème siècle et, à ce jour, est l’une des plus grandes cibles des talibans.

Entretien réalisé par Bianca Pessoa et Tica Moreno

Édition de Helena Zelic

Traduction du portugais par Claire Laribe

Langue originale : anglais

https://capiremov.org/fr/entrevue/entretien-quels-sont-les-enjeux-pour-la-vie-des-femmes-en-afghanistan/

¿Qué está en juego para la vida de las mujeres en Afganistán?

https://vientosur.info/que-esta-en-juego-para-la-vida-de-las-mujeres-en-afganistan/

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Droit d’asile : ce que cela peut changer pour une femme afghane

Ma mère est originaire de Kaboul. Elle a fait partie de la première vague d’immigration afghane en France, suite à l’invasion soviétique de 1979. Arrivée à Strasbourg, elle n’avait rien, sauf la chance de tout redémarrer à zéro. Et c’est déjà beaucoup.

L’asile. C’est le plus beau présent que la France ait offert à ma mère. La chance de fuir les tirs, la misère, la condamnation à une vie de peur, ou à une mort prématurée. De la main d’un autre qui plus est. Quand elle est arrivée en France, il y a 37 ans, sans un sou en poche et sans un mot de français en tête, ça n’a pas été facile.

Bien sûr, l’Etat était là, avec ses aides financières, ses assistantes sociales, son accompagnement, ses hébergements d’urgence. Et malgré cela, tout était dur, il fallait réapprendre, refaire, recommencer. Et malgré tout ce qui avait été accompli auparavant, un diplôme de médecine en poche, notamment, il fallait tout prouver à nouveau.

Car en pays méritocratique, il n’y a pas de cadeaux, mais il y a des chances. « Tout ce que vous pouvez faire ici madame, c’est femme de ménage », lui avait-on prédit (le concept de méritocratie était probablement trop long à expliquer à ce moment là).

Aujourd’hui, ma mère est médecin dans un désert médical. Elle sert la société, paye de larges impôts, se dévoue aux autres et à leur santé. Elle a rendu à la France ce que la France lui a donné, de façon indéniable. Preuve qu’accueillir la misère ne rend pas forcément misérable, mais au contraire parfois plus riche, et toujours plus digne.

Parce qu’offrir un bout de terre sans guerre à quelqu’un qui est prêt à tout pour survivre, même à s’accrocher aux ailes d’un avion sur le point de décoller, peut parfois lui permettre de fleurir mille fois.

A tous ceux qui ont peur de l’accueil, à tous ceux que des images plates et sinistres ont rendu insensibles, mettons au défi votre humanité de rencontrer n’importe quel réfugié, d’écouter son histoire, et de décider que nous ne sommes pas en mesure de l’accueillir.

Parce que la plus petite des tentes, vaut mieux qu’une burqa obligatoire. Parce que n’importe lequel d’entre vous choisirait la tente.

Aujourd’hui les visages des femmes disparaissent des rues de Kaboul, des fantômes peu à peu les remplacent. Mais les femmes afghanes, comme ma mère, comme moi, sommes partout, debout dans le monde, fortes, fières et résilientes.

A toutes nos sœurs qui fuient, pour continuer à vivre, nous qui avons réussi à fuir, qui sommes nées de mères qui ont fui, nous sommes avec vous, nous pensons à vous, nous voulons voir vos visages et entendre vos voix. Nous ne vous effacerons pas de nos pensées, nous partagerons vos images.

Parce que nous aurions pu être à votre place, n’importe qui aurait pu l’être. Et que s’ils y avaient été, ils auraient vraiment bien aimé qu’on leur ouvre la porte.

Nathalie Moga

https://blogs.mediapart.fr/nathalie-moga/blog/210821/droit-dasile-ce-que-cela-peut-changer-pour-une-femme-afghane

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Afghanistan : le cimetière des empires

Le président américain Joe Biden a invoqué le surnom historique de l’Afghanistan – cimetière des empires – pour justifier sa décision d’accélérer le retrait des troupes américaines de ce pays pauvre. Ce faisant, il a affirmé que toute tentative de contrôle de l’Afghanistan est vouée à l’échec, tout en blâmant le gouvernement afghan, qui avait été institué par les occupants américains eux-mêmes.

Les images tragiques de l’effondrement du gouvernement afghan avec celui de l’État, et de la panique qui a envahi une large partie de la société afghane, notamment dans les zones urbaines et surtout dans la capitale Kaboul, ont provoqué des réactions partagées entre deux pôles opposés : alors que certains ont reproché à Biden d’avoir mal évalué la situation et de ne pas avoir pris les mesures nécessaires pour assurer la continuité du gouvernement afghan pro-occidental, d’autres ont célébré l’ampleur de la défaite subie par les desseins américains, comparant ce qui s’est passé à Kaboul ces derniers jours avec ce qui s’est passé à Saigon, la capitale du Sud-Vietnam, lors de sa prise par les forces communistes en 1975, deux ans après le retrait des troupes américaines. Il est difficile de décider laquelle de ces deux réactions est la plus myope,

Examinons d’abord les reproches faits à Biden pour son erreur de jugement (c’est-à-dire pour l’erreur de jugement de ses services de renseignement) quant à la capacité du gouvernement afghan à résister à l’offensive des talibans. Il est vraiment inhabituel que l’on puisse croire que l’échec de vingt ans d’occupation à construire les fondations d’un État qui avait suffisamment de crédibilité et de soutien populaire pour rester sans protection par les troupes étrangères, que cet échec ait pu être corrigé en prolongeant la présence de l’OTAN troupes pendant quelques mois. C’est d’autant plus inhabituel qu’aucun des critiques n’est en mesure d’expliquer ce que l’occupation américaine aurait pu faire pendant quelques mois supplémentaires qu’elle n’avait pas fait depuis deux décennies déjà.

En réalité, le sort du gouvernement afghan n’est que le dernier d’une longue liste de cas de gouvernements fantoches installés par une occupation étrangère qui s’effondrent à la fin de l’occupation. Ashraf Ghani a été précédé dans cette même voie par Mohamad Najibulá, qui avait été nommé président de l’Afghanistan par l’occupant soviétique en remplacement de Babrak Karmal, qui avait été installé au pouvoir lorsque ses troupes ont envahi le pays, de la même manière que Ghani a été nommé par Washington pour remplacer Hamid Karzaï, installé au pouvoir par les forces américaines lors de l’invasion du pays. Cela nous ramène à l’évidence que l’occupation américaine de l’Afghanistan après les attentats du 11 septembre 2001 n’était pas destinée à la libération du pays, tout comme ce n’était pas le but de l’occupation de l’Irak moins de deux ans plus tard. Il s’agissait de la prise d’un pays pour des raisons inhérentes à la stratégie impériale américaine en Asie centrale et vis-à-vis de la Russie et de la Chine, sous prétexte de libérer le peuple afghan, en particulier les femmes, du joug obscurantiste des talibans, ce même joug que Washington et ses alliés régionaux avaient contribué de manière cruciale à soumettre le pays.

Ceux qui saluent les talibans prétendant qu’ils sont de gauche ou anti-impérialistes doivent se rappeler que seuls quatre gouvernements ont reconnu diplomatiquement le régime taliban après qu’il a pris le contrôle du pays en 1996, et ces pays n’étaient ni Cuba, ni le Vietnam, ni la Chine, ni même l’Iran, mais le Pakistan, le Turkménistan, le Royaume d’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Ajoutez à cela qu’il est bien connu que derrière les talibans se trouvait, et est toujours, le service de renseignement militaire pakistanais, au grand dam des pays voisins, à commencer par l’Iran.

La vérité est que Washington ne se faisait pas beaucoup d’illusions sur le sort de l’Afghanistan, mais il savait, de la défaite de l’URSS dans ce pays et de sa propre expérience au Vietnam, que le contrôle de l’Afghanistan est impossible pour plusieurs raisons, dont la géographie de le pays et la force des liens tribaux et ethniques ancestraux qui y règnent encore. C’est pourquoi la stratégie de Washington en Afghanistan a été qualitativement différente, depuis le début, de sa stratégie en Irak : alors qu’il tentait d’imposer un contrôle total sur l’Irak et déployait des forces suffisantes dans ce pays pour le faire (de l’avis du secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld malgré les avertissements du haut commandement américain selon lesquels son estimation du nombre suffisant de troupes était très optimiste), Washington n’a déployé qu’un nombre limité de militaires en Afghanistan,

Les objectifs stratégiques de l’occupation américaine de l’Afghanistan, ou plus précisément de certaines parties du territoire afghan, consistaient tout d’abord à construire des bases aériennes dans ce pays stratégiquement très prisé et à étendre l’influence américaine aux républiques d’Asie centrale qui étaient autrefois partie de l’URSS. Au fil du temps, Washington est arrivé à la conclusion que le coût de sa présence continue en Afghanistan n’était plus lié à ces avantages stratégiques, qui s’étaient amenuisés au fil des années, et en particulier que l’offensive des talibans et sa capacité à contrôler des zones de plus en plus étendues du pays était un signe que l’Afghanistan était sur le point de confronter Washington à un dilemme, similaire à celui du Vietnam, entre une escalade sans fin et un retrait.

Cela dit, la situation la plus similaire à ce qui se passe en Afghanistan, en fait, n’est pas le Vietnam : les forces sud-vietnamiennes étaient beaucoup plus solides que celles du gouvernement afghan, de sorte qu’elles ont réussi à résister pendant deux ans à l’offensive des forces communistes, que les États-Unis eux-mêmes étaient incapables de vaincre et bénéficiaient d’un soutien international et régional bien plus important que les talibans n’en ont jamais eu. La situation la plus similaire à ce qui s’est passé en Afghanistan est ce qui s’est passé avec les troupes de l’armée irakienne que Washington avait formées et qui se sont douloureusement effondrées face à l’offensive lancée par le soi-disant État islamique  EI) à l’été 2014, en de la même manière que les forces gouvernementales de Kaboul se sont effondrées face à l’offensive des talibans.

Gilbert Achcar

Viento Sur, 20 août 2021

Este artículo se ha publicado originalmente en lengua árabe en el diario Al-Quds al-Arabi.

https://vientosur.info/quien-esta-enterrado-en-el-cementerio-de-imperios/

https://alter.quebec/afghanistan-le-cimetiere-des-empires/

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Afghanistan : de quelle défaite parle-t-on ?

Cet article tente de donner de premières hypothèses sur le sens des événements d’Afghanistan. Il est évidemment trop tôt pour traiter de leurs conséquences, mais il est vraiment nécessaire, dans le flot médiatique actuel, de proposer un début d’analyse. Ce texte vise à comprendre les aspects géopolitiques essentiels. Il ne cherche pas à être exhaustif. Il est loin de l’être. Il essaie de suggérer quelques questions et quelques pistes pour l’avenir [1].

Ainsi, 20 après la « guerre contre la terreur » déclenchée par George Walker Bush contre les Talibans et Al-Qaïda, suite à l’attaque terroriste du 11 septembre 2001, l’Afghanistan, en quelques jours, est tombée (le verbe est adapté) aux mains des Talibans. Devant l’avancée fulgurante de ces derniers les forces afghanes se sont effondrées ou bien se sont rendues sans combattre. L’intensification des frappes aériennes américaines n’a rien changé sur le terrain. Les Talibans sont entrés dans Kaboul alors que les troupes de Washington y sont encore. Ils contrôlent l’accès à l’aéroport rendant aléatoire et risqué l’accès de celles et ceux qui veulent quitter l’Afghanistan. Des milliers d’Afghans se précipitent pour fuir le pays. Devant la débâcle, Biden affirme ne pas pouvoir garantir l’issue finale des opérations.

Dans un chaos indescriptible, la politique de retrait ordonné voulu par Biden, avec des modalités et un calendrier fixé, est un échec total alors même que le Pentagone a sérieusement renforcé son dispositif (de 2 500 à quelque 6 000 soldats) afin de garantir la tenue du retrait dans la sécurité. Des forces sont même positionnées au Koweit et au Qatar. Mais les États-Unis ont perdu le contrôle de la situation. C’est un outrage en soi pour la plus grande puissance militaire du monde qui annonçait 20 ans plus tôt par la voix de G.W. Bush [2]  une ambition de puissance d’une ampleur internationale, et que rien ne devait entraver. « Notre guerre contre le terrorisme – avait déclaré ce 43ème Président –commence avec Al-Qaïda, mais elle ne s’arrêtera pas là. Cela ne prendra pas fin tant que tous les groupes terroristes de portée mondiale n’auront pas été trouvés, arrêtés et vaincus ».Cette ambition d’une guerre mondiale contre le terrorisme au nom des valeurs américaines, au nom d’une nation considérée comme exceptionnelle et prédestinée, au nom d’un messianisme démocratique, se révèle aujourd’hui – depuis longtemps en réalité – hors de portée. Elle apparaît comme la traduction d’une démesure qui aura duré et coûté cher aux États-Unis, et à leurs alliés aussi. Mais ce mensonge, dont l’évidence perce aujourd’hui dans les médias, avait aussi ses raisons : affirmer une présence hégémonique américaine dans le monde, et en particulier dans une région où se croisent tant d’intérêts stratégiques et de zones d’influence. La National Security Archive [3] publie d’ailleurs le 19 août un ensemble de documents historiques déclassifiés qui démontre à quel point « le gouvernement américain, sous quatre présidents, a induit le peuple américain en erreur pendant près de deux décennies quant aux progrès en Afghanistan, tout en cachant les faits gênants sur les échecs en cours dans des canaux confidentiels… » Washington aura donc perdu à la fois sur l’illusion et les mensonges entretenus sur la base des mythes idéologiques fondateurs des États-Unis, et sur la réalité des rapports de forces…

La victoire talibane sonne comme un événement majeur avec ce qu’il faut d’images brutales, de tragédies humaines et de lourdes interrogations sur l’avenir. C’est un moment de sidération et d’histoire dramatique. Mais s’il prend cette dimension-là c’est surtout par sa signification politique essentielle. Cette victoire et ses conséquences constitue en tous les cas une leçon plus générale et un avertissement, notamment pour la France obligée elle aussi de préparer une adaptation et une forme de retrait dans sa guerre et son enlisement au Sahel.

Le retrait d’Afghanistan décidé et engagé par Joe Biden, malgré des réticences républicaines et au sein des armées, est en vérité un projet envisagé, souhaité et annoncé bien avant. D’abord par Barak Obama qui décida les premiers retours de soldats dès 2012. Il se sentit cependant obligé d’en modifier le calendrier jusqu’à envoyer des renforts devant l’aggravation de la situation. Ces ajustements traduisirent une valse-hésitation durable entre une volonté de désengagement qui commence à s’imposer, et ce qui fut considéré alors comme une « obligation » de répondre à des contraintes sécuritaires immédiates.

C’est Donald Trump, ensuite, qui s’engagea à terminer les « guerres sans fin », et à retirer les troupes d’Afghanistan à l’horizon 2021 « au plus tard ». En février 2020, à Doha, il négocia un accord avec les Talibans pour pouvoir y parvenir, et accélérer le processus avant les présidentielles de novembre 2020. Le soutien populaire à un tel retrait des troupes était tel que le tabou d’une négociation avec l’ennemi infréquentable d’hier n’était plus d’actualité. Un accord fut acté. C’était un échange entre un retrait complet des forces américaines devant être effectif en mai 2021, contre des garanties sécuritaires et l’engagement des Talibans à des négociations directes avec le gouvernement afghan. Mais la violence resta à un très haut niveau, des désaccords persistèrent et la perspective d’un retrait total suscité des résistances au Congrès et au Pentagone.

C’est Joe Biden qui, finalement, décida d’en finir. C’est lui qui devra désormais assumer les vives critiques des Républicains, de Donald Trump, de certains alliés (dont l’Allemagne et le Royaume-Uni) et de quelques médias… au nom du « désastre total » qui, de fait, décrédibilise les États-Unis. Le Wall Street Journal qualifiera les déclarations faites par Biden de « honteuses », de « capitulation » et de « malhonnêteté ». Il est vrai que l’usage de la force est tellement inscrit dans l’essence même du rôle américain et dans l’identité impérialiste des États-Unis que tout autre choix apparaît comme une anomalie et une inconséquence. Obama s’en souvient qui fut copieusement tancé, y compris en France, pour n’avoir pas choisi de bombarder la Syrie en 2013. Perte de contrôle, chaos sécuritaire, réprobation nationale… Nul doute que le 15 août 2021 laissera des traces profondes dans la mémoire politique américaine. Mais il faut voir au-delà.

Un échec historique

Le retrait des États-Unis et l’effondrement du régime afghan sous dépendance de Washington, constituent pour les États-Unis, et d’abord pour eux, un échec historique : échec de la guerre américaine contre la terreur, échec du « state building » [4], alors que toute la politique étrangère des États-Unis et l’ensemble de leurs guerres furent conduites au nom de la démocratie comme légitimation des finalités et des modalités de l’action entreprise. Malgré la force des images, pourtant, il ne suffit pas de rapprocher la chute de Kaboul en 2021 et celle de Saïgon en 1975.

Au Vietnam, ce fut le symbole de l’accession d’une nation à l’indépendance dans le difficile et brutal contexte de la Guerre froide. Ce fut un accomplissement nécessaire et juste au bout d’une longue guerre de libération. Un peuple prenait ainsi sa place dans un nouvel ordre pour construire un État indépendant. En Afghanistan, c’est l’expression d’un effondrement et d’un épuisement. Effondrement d’un régime sans légitimité sous la pression d’un islamisme politique armé. Épuisement dans la durée d’une logique de puissance hégémonique dans une région où les rivalités et le partage des zones d’influence ne cessent de définir un contexte international de confrontations stratégiques, d’insécurité permanente et de déstabilisation terroriste.

Certes, en Afghanistan, les États-Unis subissent leur deuxième défaite historique après celle du Vietnam. Mais le sens de la défaite n’est donc pas le même. Aujourd’hui, pour le peuple afghan, il n’y a pas « d’accomplissement nécessaire et juste ». Il y a, en revanche, un nouveau pas dans un contexte différent, dans un désastre politique, sociétal, idéologique et sécuritaire… Quelles que soient les annonces calculées de « modération » de certains dirigeants talibans, concernant par exemple les droits des femmes. Le porte-parole des Talibans, Zabihullah Mujahid, a tenté de rassurer sur les intentions du nouveau pouvoir. « Nous voulons des relations avec tous les pays du monde – dit-il – sur la base des principes diplomatiques et du respect. Nous voulons une bonne économie. Nous voulons du commerce, nous voulons une bonne diplomatie… » Pourtant, la brutalité de la répression, la traque d’opposants politiques et des assassinats suscitent des inquiétudes légitimes et des doutes, même si l’on est encore loin de la grande violence talibane des années 90.

Notons au passage que le magazine d’investigation The Intercept (qui avait publié les documents de la National Security Agency révélés par Edward Snowden à partir de 2013) a annoncé le 18 août dernier que les Talibans ont saisi des dispositifs biométriques américains pouvant servir à identifier les Afghans ayant collaboré avec les forces de la coalition sous direction de Washington. Selon The Intercept, le travail complexe d’identifications personnelles à partir de ces dispositifs technologiques pourrait éventuellement être effectué avec une aide de l’ISI, principal service de renseignement pakistanais… accusé régulièrement de double jeu politique. On peut s’inquiéter (il le faut) des dynamiques négatives possibles et redoutées que la victoire des Talibans pourrait enclencher : un encouragement pour l’islamisme politique et le djihadisme, une opportunité pour Al Qaïda (allié proche des Talibans), une dégénérescence accentuée du rôle des États du Golfe. On se souvient en effet que l’Arabie saoudite et les Émirats Arabes Unis, au côté du Pakistan, furent les seuls États à reconnaître le régime taliban installé de 1996 à 2001. Quels appuis du même type ce deuxième « Émirat Islamique d’Afghanistan » obtiendra-t-il aujourd’hui ? Entre le soutien total et la mise au ban, le débat politico-médiatique pourrait être vif. Mais les problèmes se posent-ils encore de cette façon ?

Dans cet ordre de questionnements, il convient de regarder de près les positionnements et les choix de la Chine et de la Russie, qualifiés en général de soutien aux Talibans. La réalité est nettement plus complexe, nous allons le voir, mais le choix de Pékin et de Moscou est à l’évidence celui d’une attitude positive vis à vis d’un Afghanistan post-américain et du régime en train de s’installer. La défaite des États-Unis, qui est aussi plus généralement une défaite des puissances occidentales et de l’OTAN, ouvre un espace d’enjeux (et de nouveaux problèmes). Elle dégage des opportunités stratégiques et économiques. Elle permet d’envisager une autre configuration régionale.

Ce que veulent la Chine et la Russie

Dans ce contexte bouleversé, la Chine et la Russie se trouvent à la fois en rivalité et en complémentarité. Entre les deux, la concurrence est réelle. Chacun propose les cadres et la démarche régionale et multilatérale les plus adaptés à ses intérêts. Ces deux acteurs ont leurs propres champs d’influence et de pouvoirs. Mais ces champs se superposent largement dans une région dont l’histoire se définit à la fois par les héritages de l’URSS d’hier, et les ambitions d’une Chine conquérante aujourd’hui. Le partenariat Chine / Russie, cependant, ne souffre pas vraiment, actuellement, de cette rivalité. Pékin et Moscou peuvent profiter en commun ou en parallèle de la valeur géopolitique d’un Afghanistan qui se libère de la puissance américaine, et d’une région qui pourrait s’annoncer plus accessible. La défaite américaine promet d’être stratégiquement lourde. La Chine et la Russie souhaitent manifestement aller vite afin, dès maintenant, de pouvoir tirer parti de l’affaiblissement de l’hégémon américain et de la singulière détérioration de sa crédibilité.

La Russie s’appuie sur ses liens avec les anciennes Républiques soviétiques d’Asie centrale. Elle se préoccupe des pourparlers engagés par Washington avec les autorités de pays voisins de l’Afghanistan pour obtenir les conditions d’un redéploiement régional de forces américaines. Sergey Lavrov, Ministre des Affaires étrangères russe, a déclaré que la présence militaire d’armées étrangères dans un de ces pays, membres de l’Organisation du Traité de Sécurité Collective [5] requiert l’approbation de l’ensemble de cette organisation. Tout en soulignant que l’installation de nouvelles bases militaires ne serviraient pas la sécurité en Asie centrale. Cette question aurait fait l’objet d’un échange lors du sommet de Genève (16 juin 2021) entre Biden et Poutine. La Russie, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan ont d’ailleurs terminé des manœuvres conjointes le 10 août dans la province tadjik de Khalthon, à quelque 20 kilomètres de la frontière afghane. Une semaine plus tard, le 17 août, alors que la situation de dégrade à grande vitesse en Afghanistan, des forces russes commençaient un mois d’exercices au Tadjikistan où Moscou renforce sa base de défense.

La Chine et la Russie, le 9 août, ont commencé dans la province chinoise autonome de Ningxia Hui, de grandes manœuvres (plus de 10 000 soldats, des blindés et des avions) avec, pour la première fois, un système de commandement commun et l’intégration de troupes russes dans des formations chinoises. L’objectif de cette préparation commune relevait des enjeux de stabilité, de sécurité et de contre-terrorisme en Asie centrale. Elle fit l’objet d’une polémique significative avec la Chaîne américaine CNN qui insista sur la différence des objectifs entre Pékin et Moscou, alors que ces manœuvres avaient notamment pour but de montrer le niveau de la coopération sécuritaire et du partenariat stratégique sino-russe, dans un contexte de tensions montantes avec Washington. La mainmise inquiétante des Talibans sur l’Afghanistan est donc aussi un « grand jeu » stratégique des ambitions et des rapports de forces sur les plans national et international. Et ce « grand jeu » comporte aussi sa part politique et diplomatique avec la recherche des conditions et des cadres de la coopération dans un nouvel ordre régional. La Chine et la Russie entretiennent et renforcent leurs liens avec les talibans. Ni Pékin, ni Moscou ne veut être en reste. L’ambassade russe à Kaboul assurait un contact officiel qui se poursuit. Cette ambassade, comme celle de la Chine resteront ouvertes.

Au mois de juillet, une délégation conduite par le numéro 2 des Talibans, le Mollah Abdul Ghani Baradar, fut reçu à Moscou par l’envoyé spécial du Kremlin pour l’Afghanistan, Zamir Kabulov. La délégation se rendit ensuite en Chine, à Tianjin, où le Ministre des affaires étrangère chinois, Wang Yi, l’accueillit avec une attention diplomatique toute particulière. Pour les Russes, une reconnaissance du nouveau régime pourrait suivre, mais elle officiellement conditionnée par les « agissements » des Talibans, c’est à dire par leur attitude sur plusieurs questions touchant en particulier à la sécurité et au terrorisme, mais aussi aux encouragements qui seront donnés à un dialogue politique inclusif interne afin d’en finir avec le long conflit afghan. Le discours chinois est très semblable. Wang Yi a appelé à des négociations intra-afghanes afin d’aboutir à une réconciliation. Ce langage officiel est en réalité très partagé dans le monde : le Conseil de Sécurité, l’Union européenne, l’OTAN, la France ou la Turquie… ont aussi posé des conditions de ce type touchant en particulier à la nécessité d’un gouvernement représentatif et inclusif, et appelant les Talibans à respecter leurs propres engagements. Il est évidemment difficile d’évaluer pour demain la crédibilité de tels discours. Il faut cependant mesurer l’intérêt que représente l’appui de la Russie et de la Chine pour les Talibans. Ce qui veut dire mesurer l’importance des réponses que ces derniers apporteront aux demandes insistantes de Moscou et de Pékin sur certaines questions, en particulier celles liées à la sécurité. La Chine, en particulier (et comme la Russie), accorde un intérêt spécifique quant au traitement de la menace terroriste par les Talibans. Elle dispose de 76 km de frontière commune avec l’Afghanistan, et cette frontière jouxte le Xinjiang. Les chinois se montrent préoccupés par les activités du groupe séparatiste et djihadiste East Turkestan Islamic Party (ETIM). Ce Mouvement islamique du Turkestan oriental est une organisation comprenant des éléments actifs ouzbeks et ouïghours, réputés avoir commis plusieurs attentats meurtriers en Chine. « Nous espérons, a souligné Wang Yi, que les Talibans afghans vont clairement rompre avec les organisations terroristes, y compris l’ETIM, les combattre résolument et effectivement afin de lever les obstacles, jouer un rôle positif et créer les conditions nécessaires à la sécurité, la stabilité, le développement et la coopération dans la région ».

Comme la Russie, la Chine cherche à gérer la situation en utilisant des cadres institutionnels multilatéraux, par exemple l’Organisation de Coopération de Shanghaï (OCS) [6], dont la Russie est aussi un État membre. Pékin valorise le Groupe de contact Afghanistan de l’OCS dans un esprit explicite de contribution à la stabilité et à une « reconstruction pacifique » de l’Afghanistan. Wang Yi, entre le 12 et le 16 juillet, a ainsi effectué une visite au Turkménistan, au Tadjikistan, en Ouzbékistan. Pékin propose enfin d’élargir à l’Afghanistan ce qu’on appelle le Corridor économique Chine-Pakistan [7], afin d’aider à cette reconstruction.

De l’hubris à l’humiliation

Même si elle n’est pas dénuée de concurrence, la convergence sino-russe tend à s’imposer pour installer une nouvelle configuration régionale après la défaite américaine. Il faut le mesurer, c’est une tout autre approche qui se présente. D’abord pour acter la défaite stratégique des États-Unis et en tirer les bénéfices. Dans une conférence de presse tenue le 20 août le Secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, montra qu’il avait bien compris le sens des événements : « l’Amérique du Nord et l’Europe, dit-il, doivent continuer à se tenir ensemble, au sein de l’OTAN. Les événements en cours en Afghanistan ne changent rien à cela. Le déplacement du rapport des forces global, les actions agressives de la Russie et l’affirmation de la Chine font qu’il est encore plus important de conserver un lien transatlantique solide ».

Après le consternant mandat de Donald Trump, Joe Biden se préparait à la reconstruction d’une crédibilité internationale sur les options d’une hégémonie retrouvée et d’un impérium US dans des conceptions plus « classiques ». L’échec stratégique qui vient d’être enregistré, avec la terrible disgrâce du chaos et de l’incapacité à contrôler la situation… ont sabordé pour un temps indéfini la fiabilité des États-Unis et leur capacité réelle à « endiguer » la Chine. Comme dit le grand quotidien The Washington Post les États-Unis sont passés de l’hubris à l’humiliation. La Chine et la Russie auraient tort d’oublier que l’histoire, comme on dit, ne repasse pas deux fois les plats. Enfin, les ambitions russes et surtout chinoises s’inscrivent explicitement dans un double agenda.

Premièrement, nous venons de le voir, c’est la stabilité et la sécurité comme préoccupation concrète, immédiate et prioritaire. Cette préoccupation ne peut être sous-estimée. Elle s’inscrit, en effet, dans une vision conçue comme une alternative complète. Celle-ci suppose une fin du long conflit afghan et l’installation des conditions d’un développement économique. S’agit-il d’une vision volontariste et (elle aussi) démesurée ? Il est impossible aujourd’hui d’imaginer ce qui va se passer. On ne peut guère mesurer les chances d’une telle alternative, les risques de guerre civile, les déstabilisations et les crises possibles, les résistances politiques et sociales internes au régime des Talibans… La suite est très incertaine.

Deuxièmement, c’est la mise en place d’une stratégie permettant les bases d’une coopération, de l’exploitation des ressources et des richesses du sous-sol afghan, la construction d’infrastructures, et pour la Chine, très explicitement, la volonté d’intégrer de telles perspectives dans les projets mondiaux de la Belt and Road Initiative (BRI). [7] L’Afghanistan, rappelle-t-on aujourd’hui, disposerait de ressources énergétiques, de richesses minières importantes et même de « terres rares » utilisées dans les hautes technologies : cuivre, fer, or, mercure, lithium, cobalt, hydrocarbures… Ces richesses sont restées au stade inerte de potentialités inexploitées en raison, naturellement, de l’insécurité et du conflit persistant, qui auront donc bloqué pour longtemps n’importe quel grand projet.

Évidemment, sortir l’Afghanistan, État déliquescent, du contexte historique de la guerre pour l’insérer dans une stratégie de grands projets économiques et industriels constitue une rupture majeure, un changement de paradigme politique national et international. Une ambition de cette portée est un défi énorme. D’abord parce qu’il s’agit d’un des pays les plus pauvres du monde. Mais pas seulement. La Chine peut-elle réussir par l’économie ce que les États-Unis ne pouvaient réaliser par la force ?.. Il n’est pas sûr que le contexte actuel, la catastrophe financière et la crise humanitaire qui menacent, les sanctions américaines et celles du FMI, les interrogations sur les aides de la Banque mondiale, les tensions montantes et les confrontations de puissances puissent permettre aisément la réalisation d’une telle vision. C’est le moins que l’on puisse dire. Enfin, il faudrait aussi que les conditions politiques internes soient favorables. Est-ce que les insurgés idéologiques armés du premier émirat islamique d’Afghanistan, dans les années 90, pourront globalement se muer en responsables politiques, administratifs, sociaux, diplomatiques dans une visée de stratégie nationale et de progrès global ? Il leur faudra bien gouverner… Si l’attitude politique talibane traduit actuellement une volonté de s’adapter à une situation nouvelle et à se faire une certaine (ou incertaine) respectabilité… la matrice idéologique des Talibans a-t-elle vraiment changé ? On peut en douter. La question se doit d’être posée.

Contester un ordre fondé sur la puissance

Il reste encore une question essentielle autour de la leçon principale à tirer de la signification du 15 août 2021. La défaite américaine constitue une démonstration éclairante de la crise de ce qu’on appelle la pensée stratégique dominante, fondée sur l’affirmation de la puissance et sur l’exercice de la force. Les choix de défense, les choix de politique étrangère, les choix pour l’économie, pour la recherche… c’est à dire les choix décisifs du capitalisme occidental et des États-Unis en particulier sont prioritairement établis, structurés, légitimés sur cette pensée stratégique qui détermine la hiérarchie des puissances, la configuration et les contradictions d’un ordre international. Tout ce qui s’est construit dans un esprit et une recherche difficile d’alternative à la guerre depuis la fin du 19ème siècle [8] s’est intégré, à des degrés divers, dans une vision de multilatéralisme, d’égalité en droit et de légalité internationale, de responsabilité collective et de sécurité collective… La création de l’ONU, l’interdiction du recours à la force, le contrôle des armements et les accords de désarmement, la solution politique des conflits… tout ce corpus juridique et politique qui cherche des dispositifs pertinents pour prévenir la guerre et domestiquer la force est en train de se décomposer sous l’effet des logiques de puissances, c’est à dire dans l’esprit de cette vieille pensée stratégique dominante qui tend à s’imposer de plus en plus actuellement. La défaite des États-Unis en Afghanistan montre l’impasse terrible de l’ordre international actuel et de l’approche stratégique dominante qui le conditionne. C’est l’impasse majeure d’une certaine façon de concevoir le monde et les relations internationales et d’exploiter ses ressources dans le cynisme et l’irresponsabilité. Cela s’inscrit dans les défis globaux existentiels de notre période.

On n’avait certainement pas besoin de la longue guerre d’Afghanistan et de ce dénouement – si c’est un dénouement … – pour mesurer cette impasse historique en tant qu’enjeu global de sécurité et de paix pour les peuples. Mais la puissance, et l’usage de la force qui l’accompagne, sont tellement entrés dans les mœurs politiques et sociales, pour ne pas dire sociétales, qu’il vaut la peine de souligner, chaque fois que cela est possible, que la puissance ne constitue ni une sorte de sens commun universel, ni un invariant obligé des comportements sociaux.

Certes, la puissance est un paramètre social et politique qui marque l’histoire dans la longue durée. Le capitalisme, en particulier, n’a cessé de s’en nourrir. Mais c’est un paramètre contingent et contestable…et jamais assez contesté aujourd’hui comme fondement problématique des conduites internationales. Comment peut-on imaginer (ou bien nous faire croire) possible de (re)construire par la force et par la guerre des institutions, une démocratie, des conditions de sécurité, une viabilité économique et sociale… dans un État au sein duquel une partie très significative des gens (36% aujourd’hui) vivent au-dessous du seuil de pauvreté et dans l’incapacité à répondre à leurs besoins fondamentaux ?

Ce corpus juridique et politique, construit essentiellement dans la deuxième partie du 20ème siècle dans la visée d’une architecture de droit et de responsabilité collective, montre la relativité de la notion de puissance. Des acquisitions et des progrès de portée civilisationnelle, pour un ordre international différent, sont possibles.

On ne peut pas dire – certainement pas – que la Chine et la Russie auraient des pratiques et des approches stratégiques étrangères aux logiques de puissances et à l’usage de la force. A l’évidence, ce modèle est aujourd’hui celui de tous les principaux acteurs mondiaux (hors Nations-Unies). Il constitue même un modèle pour ceux qui en tiennent le discours sans en avoir les moyens, comme l’Union européenne. Il y a cependant quelques différences. Suffiront-elles ? Le long conflit d’Afghanistan, c’est une guerre de 2260 milliards de dollars. C’est un État failli. C’est 83 milliards de dollars pour la formation d’une armée qui s’est évanouie en quelques jours. C’est 100 000 civils, mais aussi 70 000 militaires et policiers afghans tués, et plus de 4 000 soldats occidentaux alors qu’ils étaient embarqués par l’OTAN et dans une coalition de 31 pays… C’est donc 20 ans de combats, de victimes et de destructions… C’est en réalité, d’abord pour le peuple afghan, 40 ans d’occupations étrangères et de lourdes épreuves puisqu’il faut compter avec l’intervention soviétique et ses conséquences tragiques, mais aussi avec la guerre civile qui prit la suite. C’est cela qui pourrait se terminer. On aimerait y croire. Mais tout est possible. Après 40 années de naufrage, il sera peut-être, oui, peut-être… difficile de faire pire.

Jacques Fath, 23 août 2021

https://jacquesfath.international/2021/08/23/afghanistan-de-quelle-defaite-parle-t-on/

Notes

[1] Principales sources utilisées pour cet article : presse, instituts et médias français, euronews, Reuters, The New York Times, The Washington Post, Politico, les sites Défense One, Military Times, OTAN, Rand Corporation, International Institute for Strategic Studies (IISS), Council on Foreign Relations (CFR), National Security Archive, The Intercept, Global Times, South China Morning Post, RT-France, Sputniknews.

[2] Discours du Président Bush lors d’une session conjointe du Congrès, jeudi 20 septembre 2001.

[3] https://nsarchive.gwu.edu/briefing-book/afghanistan/2021-08-19/afghanistan-2020-20-year-war-20-documents The National Security Archive (NSA) est un institut de recherche non gouvernemental indépendant et une bibliothèque située à l’Université George Washington, à Washington DC. Elle publie des documents déclassifiés en fonction de la loi américaine sur la liberté de l’information.

[4] L’expression « state building » peut se traduire par reconstruction d’un État. Mais sa signification idéologique désigne plutôt l’installation par la force d’une « gouvernance » libérale dans une stabilité sous domination occidentale. [5] Il s’agit d’une organisation intergouvernementale à vocation politico-militaire (peu active) fondée en octobre 2002 et regroupant l’Arménie, la Biélorussie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, la Russie et le Tadjikistan.

[6] L’Organisation de Coopération de Shanghai est une organisation intergouvernementale politique et économique d’Asie. Elle comprend 8 pays membres (Chine, Inde, Kazakhstan, Kirghizistan, Russie, Pakistan, Tadjikistan, Ouzbékistan) ; 4 pays observateurs (Afghanistan, Biélorussie, Iran, Mongolie), et 6 partenaires de dialogue (Arménie, Azerbaïdjan, Cambodge, Sri Lanka, Turquie).

[7] Ce Corridor est un ensemble de projets économiques, énergétiques et d’infrastructures visant à la modernisation et au renforcement de l’économie pakistanaise dans le cadre de la Belt and Road Initiative (BRI) ou nouvelles routes de la soie.

[8] Voir « Chaos. La Crise de l’ordre international libéral. La France et l’Europe dans l’ordre américain », J. Fath, éditions du Croquant, 2020, pages 89 à 95.

**************

Les femmes du Kurdistan réclament la solidarité
avec leurs homologues afghanes

Le Comité des relations et alliances démocratiques de la Communauté des femmes du Kurdistan (KJK) a publié une déclaration appelant à la solidarité avec les femmes et le peuple d’Afghanistan.

En Afghanistan, qui a été le théâtre de guerres par procuration pendant des décennies, le pays a été livré aux talibans misogynes en raison des politiques malhonnêtes des puissances hégémoniques mondiales. Cette situation, qui a provoqué une grande colère et une grande rage parmi les femmes et les personnes d’Afghanistan et du monde entier, a révélé une fois de plus la vérité suivante : il n’y a pas d’autre pouvoir sur lequel nous pouvons compter que l’autonomisation, l’auto-organisation et l’autodéfense. Ce qui s’est passé en Afghanistan a révélé très clairement l’hypocrisie des États occidentaux. Les puissances de l’OTAN ont clairement démontré que, pour elles, des valeurs telles que la démocratie, la liberté et les droits des femmes n’étaient que des outils pour trouver une excuse à leurs propres politiques sales. Ceux qui ont tenté de légitimer leur occupation par les « droits des femmes » il y a 20 ans, laissent aujourd’hui la vie de millions de femmes à la merci des talibans.

Ceux qui ont livré l’Afghanistan aux Talibans aujourd’hui et ceux qui ont occupé Afrin, Serêkaniyê, Girê Spî (au Rojava) hier sont les mêmes puissances. Ceux qui ont donné hier le feu vert à l’invasion turque du Rojava et du nord-est de la Syrie répètent aujourd’hui le même scénario en Afghanistan. Du point de vue des gens, et surtout des femmes, il n’y a pas beaucoup de différence entre ceux qui sont au pouvoir grâce à des affaires sales.

En disant « Nous n’avons rien contre les croyances des talibans », Erdogan lui-même, le chef du régime fasciste turc, a admis qu’ils partagent la même mentalité. En effet, le projet américain de confier le contrôle de l’aéroport de Kaboul à la république turque fasciste doit être compris dans ce cadre. La remise du contrôle de l’aéroport à Erdogan doit être considérée comme un pas supplémentaire vers le renforcement de la Turquie, qui mène sa politique par l’organisation de bandes (irrégulières et armées). C’est une grande menace et un grand danger pour les gens et surtout pour les femmes.

Tout comme à Afrin, où ont été fondées les Unités de protection des femmes (YPJ), qui inspirent les femmes du monde entier, et où aujourd’hui elles sont soumises et tuées en raison des politiques des puissances hégémoniques mondiales, les femmes en Afghanistan sont également confrontées à la même menace. L’augmentation de la violence à l’égard des femmes au cours des derniers mois et les meurtres de femmes pionnières en sont le signe avant-coureur.

En tant que peuple et femmes kurdes, nous savons très bien que le seul moyen de défendre notre existence et notre volonté contre les politiques impérialistes et coloniales des puissances hégémoniques mondiales est l’organisation. Sans autonomisation, auto-organisation et autodéfense, il ne sera pas possible de construire et de maintenir une vie libre. Tant en tant qu’individus qu’en tant que mouvement, nous avons vécu et vivons encore cette réalité de manière très forte. Le complot international contre notre leader Abdullah Öcalan le 15 février 1999 en est l’exemple le plus concret. Des occupations d’ISIS au Rojava et au Bashur (Kurdistan irakien), notamment à Shengal et Kobanê, aux occupations de la Turquie ici, les politiques coloniales et génocidaires auxquelles nous sommes confrontés sont fondées sur l’équilibre des intérêts du capitalisme mondial.

De même, la cession du contrôle de l’Afghanistan aux talibans, ennemis des femmes et des peuples, s’est produite dans le contexte des intérêts géostratégiques poursuivis par les États occidentaux, en particulier les États-Unis, au Moyen-Orient et en Asie centrale. Une fois encore, nous constatons que pour les puissances en question, les désirs, la volonté, les rêves, les espoirs et les efforts des peuples qui habitent ces terres n’ont aucune importance. En effet, ils objectivent non seulement ces terres, qu’ils ne voient que du point de vue du colonisateur, mais aussi les personnes qui y vivent. Il n’y a rien que les détenteurs de ces polices vieilles de 20 ans ne fassent pas pour satisfaire leurs propres intérêts. C’est pourquoi chercher des lignes rouges humanitaires ou authentiques dans les politiques des États occidentaux n’est pas de la naïveté mais de l’ignorance.

Pendant les années d’occupation et de régime taliban, ce sont les femmes qui ont le plus lutté et résisté pour une véritable démocratie, la liberté et une vie digne. Dans la période la plus difficile, dans les circonstances les plus difficiles, les femmes d’Afghanistan ont trouvé des moyens de s’organiser. Avec le pouvoir et le soutien que nous leur apportons, et la solidarité et le plaidoyer dont nous faisons preuve en tant que femmes, nous avons pleinement confiance qu’elles tisseront leur résistance non seulement contre les talibans, mais aussi contre tous les pouvoirs et mentalités misogynes. Du Kurdistan à l’Afghanistan, une vie libre et une véritable démocratie seront construites sous la direction de femmes organisées. En tant que femmes du Kurdistan, nous soutenons les femmes et le peuple afghans aujourd’hui comme nous l’avons fait hier. Nous appelons toutes les femmes, en particulier celles du Moyen-Orient, à être solidaires de nos sœurs en Afghanistan, à élever la voix et à défendre leurs vies, leurs réalisations et leurs rêves. Renforçons nos alliances de femmes contre ces pouvoirs patriarcaux et misogynes !

Jin Jiyan Azadî (Femmes, vie, liberté). 17 aout 2021

Traduit avec http://www.DeepL.com/Translator (version gratuite)

Mujeres de Kurdistán demandan solidaridad con sus compañeras afganas

https://www.kurdistanamericalatina.org/mujeres-de-kurdistan-demandan-solidaridad-con-sus-companeras-afganas/

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